Il est difficile d’écrire sur un tel classique, que je ne découvre qu’aujourd’hui. Difficile d’exprimer quoi que ce soit de nouveau. N’a t-on pas déjà dit des milliers de fois que la vie du petit Chose est bien triste ? Que son expérience au collège est injuste ?

Pourtant je vais essayer d’en dire quelques mots (et puis sinon j’aurais pas fait un article pour vous dire que ça.)

Roman d’apprentissage en partie autobiographique, le Petit Chose raconte un morceau de vie d’un jeune garçon. Daniel Eyssette, fils de pauvre, est le seul de la classe à porter une blouse. Son professeur lui parla toujours « du bout des lèvres, d’un air méprisant » sans l’appeler par son nom : « Hé ! vous là-bas, le Petit Chose », comme s’il était trop pauvre pour avoir une personnalité derrière sa pâle figure. Le surnom lui restera.

Mais Daniel est forcé d’arrêter ses études à la ruine de son père, et sa famille est dispersée. Avec un unique objectif en tête, reconstruire le foyer familial, il trouve une place dans un collège de garçons où il subira brimades sur brimades de la part des élèves et des professeurs. Maltraité, ruiné, il décide de retrouver son frère Jacques sur Paris. On trouve ici de belles pages sur l’amitié fraternelle : « Et nos deux âmes s’étreignirent de toute la force de nos bras ».

Mais les aventures du Petit Chose ne sont pas terminées : « Paris Ah grande ville féroce, comme le petit Chose avait raison d’avoir peur de toi ! » Décidé à devenir poète il échouera pourtant et tombera dans les griffes d’une femme de mauvaise vie.

Au final, c’est davantage de l’énervement que de la pitié qui ressort de la lecture de ce court roman, devant la faiblesse du héros qui se laisse entretenir, se laisse bercer par ses rêves et ne se bat pas pour les atteindre. Tout le long, il demeure un enfant. C’est d’ailleurs ainsi que le qualifie son frère, quoique tendrement : « Pourtant si, c’est une femme, une femme sans courage, un enfant sans raison qu’il ne faut plus jamais laisser seul ».

Le Petit Chose a sans arrêt besoin d’être guidé, soutenu. Il ne saurait être indépendant, jusqu’à son ultime sursaut, qui laisse espérer. Malgré tout, il apprend beaucoup à chacune de ses aventures.

Roman d’apprentissage donc.

Mais aussi et surtout roman autobiographique ! Né à Nîmes, comme le Petit Chose, son père fait faillite et Daudet connaît de rudes années en tant que pion, rudesse par ailleurs atténuée dans le roman. Puis il part à Paris où il attrape la vérole, a des aventures amoureuses avec des femmes étranges, vit une vie de bohème, dévoré de sensibilité poétique. Il sera sauvé de la misère par sa femme qui le force à travailler auprès de ses beaux-parents pour éponger ses dettes. Rôle de sauveur que tient Jacques, la « mère » Jacques dans le roman. Jacques qui incarne Ernest Daudet mais que Daudet a sublimé en faisant de lui la mère, le protecteur, source de comique, de tragique et de bonté.

Comme Daudet le dira lui-même : « Le Petit Chose, surtout dans la première partie, n’est en somme que cela, un écho de mon enfance et de ma jeunesse ». Mais parfois il s’en éloigne, ne s’y reconnaît plus, comme s’il se rejetait : on passe alors du « je » à la troisième personne, « le petit Chose ».

Au final, par ce savant mélange, Daudet crée un héros à la sensibilité romantique, tragique, hors de la société, qui se laisse porter par les coups du sort. Et pourtant, il décrit une fin ambiguë car si le Petit Chose s’assure une sécurité matérielle, il renonce à la création, à l’écriture, à ce qui est lui, pour « vendre des soupières ».

C’est donc un roman universel que j’ai découvert ici, mais aussi un précurseur des romans sur l’enfance. Car l’enfant n’existe pas en littérature au XIXe. Il y a bien David Copperfield (1850), que Daudet ne lira qu’après, mais il faudra attendre 10 ans et L’enfant de Vallès en 1878 pour que cette littérature prenne son essor …

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