Ce témoignage, paru aux États-Unis et en Grande-Bretagne dès 1967, était inédit en France.

En 1966, Kressman Taylor se trouve à Florence au moment du cataclysme qui frappe cette ville : des pluies torrentielles qui font déborder l’Arno, engloutissant une partie de la ville. Après des heures de terreur, pendant lesquelles il monte de 6 mètres, le fleuve se retire. Mais le vrai travail commence car la ville basse n’est plus qu’un champ de ruines. Face à l’eau mazoutée qui ont envahi leurs maisons et détruit leurs boutiques, les Florentins prennent immédiatement leur courage à deux mains et lancent la reconstruction.

Kressman Taylor suit la transformation de la ville, rendant hommage à la persévérance des habitants ainsi que des étrangers sur place qui se sont mis à leur service.

Tel un caméraman, elle se déplace dans la ville, jour après jour et se fait l’écho des avancées : du réaménagement boutique par boutique (6000 ont été balayées), au sauvetage des nombreux trésors artistiques de la ville (et non des moindres, les millions de livres de la bibliothèque centrale qui se trouvaient en sous-sol, sauvés en partie grâce à l’action énergique des étudiants; les fresques des églises, restaurées grâce à l’argent et à l’aide d’experts internationaux prêts à tout pour sauver cette mémoire de l’humanité : « les Florentins, qui n’ont jamais considéré que les trésors artistiques de leur ville leur appartenaient, se considèrent comme les gardiens d’un héritage inestimable qui est le bien commun de l’Occident »), aux problèmes d’alimentation en eau et nourriture; en passant par la grande précarité de personnes ayant perdu leur gagne-pain ; elle ne néglige aucun aspect.

Mais au-delà d’un simple témoignage, Kressman Taylor met tout son talent d’écrivain dans ce texte qui se lit très vite mais qui nous plonge si efficacement dans la tourmente des Florentins. Elle rend parfaitement la violence extrême de l’invasion des eaux (l’eau circulait à plus de 60km/h), qui a fait plus d’une centaine de morts; puis le calme suivant la tempête et l’hébétude des Florentins qui ne s’attendaient pas à une crue de leur fleuve, si calme (la dernière datait des années 1880 …). « La ville entière témoigne de la précarité de toute chose », face aux grandes catastrophes comme les séismes ou les inondations, l’homme n’y peut rien.

Le plus frappant est peut-être la non-réaction du reste du monde au départ, alors que Florence en est coupée : on ne parle que d’inondations mais personne n’imagine le cataclysme qui a eu lieu. Ce n’est que quelques semaines après, alors que les informations arrivent au compte-compte, que les gens percutent et réagissent pour apporter leur aide.

Un documentaire-roman donc très intéressant sur cet épisode récent que je ne connaissais pas …

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Lu dans le cadre de Masse Critique Babelio !