Le livre

Marchant dans une rue de Casablanca, l’ingénieur Machin reçoit sur la tête un parachutiste botté, casqué et moustachu. Emu par le désarroi du militaire, il croit bon de l’accueillir dans son appartement pour lui permettre de retrouver ses esprits. Fatale erreur ! Car le para décide de prendre le destin de Machin en main et s’installe à demeure …

Mon avis

C’est un roman qui semble complètement loufoque au premier abord, raconté par cet ingénieur marocain rentrant au pays après des années de formation en France. Il découvre alors un pays qu’il ne connaît pas, dont il ne partage ni la langue, ni les moeurs. 
En effet, ayant fréquenté des écoles françaises dans son enfance puis étant parti en France, il revient tel un étranger et tombe dans les pièges les plus classiques de la culture marocaine.

« – Pauvre femme.

– Elle n’avait qu’à ne pas l’épouser.

– Est-ce qu’on choisit ?

– Ben, elle pouvait rester seule, non ? Individue ?

– Individu au féminin ? Mais ça n’existe pas ici. Il n’y a même pas de mot pour ça. »

Le symbole de ce gouffre entre les cultures est le parachutiste lui-même qui s’installe et organise tout à la place de Machin. Il personnifie le Collectif marocain, alors que Machin tente de s’affirmer comme un Individu, ce que personne ne peut comprendre.

« Rien ne m’agace autant que le narcissisme des petites différences, cette insistance des uns et des autres à se prévaloir en bloc de qualités collectives, parfois pour mieux masquer leur indigence particulière. »

En étant hors de cette société marocaine, Machin peut y porter un regard critique, s’en moquer : Je me présentai spontanément au commissariat de police. Le lecteur averti mesurera par là l’ampleur de ma détresse.[…] – Qu’est-ce qui vous amène ? grogna t-il. On ne vous a pourtant pas convoqué. J’ai votre fiche. D’accord, vous lisez Le Monde, mais ce n’est plus un délit depuis que Sa Majesté a décidé de démocratiser ce foutu pays. »

Mais en même temps, il se rend compte que s’il n’est pas intégré à cette société, il n’est pas non plus français. C’est à l’occasion d’un passage assez drôle que l’on s’en rend compte. Machin évoque ses années dans les écoles françaises au Maroc. Il dit avoir pu apprécier la beauté de la culture française, et la littérature en particulier, mais qu’il a décroché au moment où on lui fait lire des textes en patois ou qu’on lui parle de cigales … (l’ancienne école française !) : « Mais voilà que je découvre de plus en plus de cette « littérature de terroir » Et je m’y reconnais de moins en moins. »

A l’occasion de son retour, il est donc continuellement en recherche d’identité. Et la conclusion n’est pas celle à laquelle on s’attendrait …

Ainsi, c’est un roman qui va plus loin que ce qu’il semble être de prime abord. Au-delà de l’humour et des situations cocasses, Fouad Laroui adresse en réalité une critique acerbe aussi bien à la culture marocaine qu’à la culture française dans ce qu’elles ont d’absolu et dans leur idée de supériorité.  

***

Quelques mots sur l’auteur

Né à Oudja en 1958, il vit aujourd’hui aux Pays-Bas où il est professeur d’économie à l’université d’Amsterdam. Les dents du topographe (Prix Albert Camus, 1997), est son premier roman. Il a également publié De quel amour blessé.

Maroc !