La vie d’Albertine Sarrazin est un roman à elle toute seule. Alors quand elle décide d’écrire ce fameux roman, cela donne un récit incroyable de cette femme hors-la-loi une grande partie de sa vie et qui, 10 ans avant sa mort, deviendra une célèbre écrivaine !

Mais d’abord, réglons un point important : qu’est-ce que l’astragale ? C’est un os du tarse qui s’articule avec le tibia et le péroné. L’astragale sert de pivot pour étendre ou fléchir la cheville. Du fait qu’il transmet tout le poids du corps, les fractures de cet os sont graves et nécessitent un traitement adapté.

C’est sur cet astragale que commence le roman d’Albertine Sarrazin, car elle se le casse en s’évadant de sa première prison, où elle était condamnée à 7 ans pour hold-up à main armée. Commence alors une fuite effrénée de plusieurs mois, après une première rencontre décisive avec Julien, qui deviendra son mari. D’hôpitaux où elle cache son identité à des planques qui durent peu de temps, elle finit par se réfugier à Paris : « Je reviens, Paris, avec les décombres de moi-même, pour recommencer à vivre et à me battre ». Elle entame alors une vie de prostitution et de débauche, toujours dans la clandestinité, ponctuée de rencontres avec Julien, qui lui aussi alterne liberté et prison. Le constat est alors sans appel pour eux : « Chaque parloir est immense d’espoir et de néant, il n’y a pas de place pour nous sur la terre : l’errance ou la geôle, toujours, et toujours seuls. »

Après des mois de cavale, elle finit par se faire reprendre. Là s’arrête le roman, mais la vie d’Albertine Sarrazin continue : elle enchaîne prison, nouvelles arrestations, nouveaux vols. Au milieu de tout ceci, perdure son amour pour Julien. Enfin, en 1964, ils se posent. Durant cette année, elle a écrit L’astragale ou « petit roman pour Julien » qui sera publié la même année. En 1966, elle est enfin reconnue et célébrée. Elle reçoit le prix des quatre-jurys 1966. Elle achève La Traversière. Mais depuis 1967, elle cumule les opérations de l’astragale. Elle finira par mourir, à 29 ans, des suites d’une opération dont elle ne se réveillera pas. Attaqués en justice par son mari, le chirurgien et l’anesthésiste sont condamnés à deux mois de prison avec sursis et une forte amende pour homicide involontaire. Cette affaire incitera fortement les autorités sanitaires à modifier les règlements concernant l’anesthésie et les procédures opératoires.

Vie courte mais passionnante donc que celle de cette Albertine Sarrazin; vie chaotique et intense, mal commencée, mal maîtrisée, et dont la seule consolation aura été la littérature … Une femme dotée d’une énergie incroyable, certes mal employée. Une femme malchanceuse ? En tout cas, un beau roman, une belle histoire, pourtant bien triste.

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Lettre S !