Le Camp des saints a été publié en 1973. Il décrit les conséquences d’une immigration aussi massive que brutale en France. Un million de miséreux indiens embarquent sur des cargos branlants et, au terme d’une expédition marine dévastatrice, parviennent sur les plages de la Côte d’Azur. Durant les 6 mois que dure la traversée, les pays occidentaux aux aguets passent de la bienveillance humaniste à la panique totale. Car ces pauvres sont plus déterminés que jamais et ne font aucun cas des discours humanitaires. Grand bien leur fasse car au moment de leur arrivée, cela fait longtemps que ces derniers sont dépassés.Toutes les tensions ressurgissent : extrême-droite, droite, gauche; riches, pauvres; ouvriers, employés; tous prennent parti. Mais tous finiront par fuir pareillement.

Ce roman a déclenché beaucoup de polémiques en France. Tout en s’accordant sur la qualité littéraire de ce long texte, de nombreux passages ont été dénoncés comme étant franchement racistes. Il est vrai que Jean Raspail utilise un langage très cru, volontairement violent et extrême. Il énonce ainsi un discours très anti-conventionnel, dénonciateur, sans concession, envers l’hypocrisie des sociétés occidentales.

Sans adhérer à la plupart de ses propos, je me dis qu’il y a une part de vérité dans ce constat d’un gouffre entre les discours et la réalité. Il est facile de déployer de grands mots et les plus belles valeurs, mais ça ne permet pas de régler les problèmes.

Dans son extrémisme, le mérite de Raspail est de nous faire réfléchir vis-à-vis de nos propres réactions, de nos propres hypocrisies et de nous remettre en question. Il ne s’agit pas de prendre ses propos à la lettre, puisqu’il s’agit bien sûr d’un texte allégorique, mais bien de prendre du recul sur des mouvements, des changements dans la société actuelle. Dans sa préface de la nouvelle édition, parue en 2011, Raspail réactualise son texte, le remettant dans le contexte de la France d’aujourd’hui, les tensions liées à la montée de l’islam et les problèmes d’immigration.

Cependant, la qualité littéraire et la démarche de réflexion impliquée dans ce texte n’excusent pas certaines accusations, certains raisonnement typiquement d’extrême droite qui jouent sur nos peurs les plus profondes, sans finesse. D’ailleurs, Raspail a lui-même compté 87 passages qui pourraient être l’occasion de poursuites pour incitation à la haine raciale.

A prendre avec précaution : un roman à ne pas mettre entre toutes les mains.

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Lettre R.