« Le destin m’a jeté dans une carrière qui n’était pas la mienne. Accroché au rocher maltais par mes lettres de créance, ouvrier de la diplomatie française sur une île perdue au milieu des eaux et du temps,j’ai vu tourner les saisons, et fleurir trois fois les orangers. Il y a longtemps que j’attendais d’avoir ma chaise au banquet méditerranéen. Jusqu’alors je n’étais qu’un oiseau de passage. Malte a tenu ses promesses. J’ai été accueilli, d’une certaine façon délivré, admis dans la confidence d’une vieille civilisation. »

C’est ainsi que Daniel Rondeau entame son témoignage de sa relation avec Malte, petite île perdue entre Orient et Occident, île mythique de l’Ordre de Malte qui y régna jusqu’au 18e siècle et est encore bien présent. Deux années qu’il passa en tant qu’ambassadeur de la France, deux années de soleil et de sécheresse.

« Malte est cette île mystérieuse, habitée et bâtie depuis le printemps de l’humanité, posée sur la route du milieu (celle des audacieux, les prudents préfèrent le cabotinage), à égale distance de Tanger et de Beyrouth, entre la Sicile et le rivage libyen. »

Retraçant, dans un fouillis oral perturbant, l’histoire et la géographie de Malte, Rondeau nous plonge au cœur de ce bout de caillou, chaud et sec, où les habitants mélangent les cultures. Par sauts et gambades, il livre ainsi un véritable OVNI littéraire, mi-témoignage, mi-essai culturel, qui m’a un peu déconcertée. C’est un livre finalement très érudit (ce que j’aime, mais ici, c’est peut-être trop …) : j’ai ainsi apprécié sa soif de partager, de nous montrer sa fascination pour cette terre perdue. Mais à force de nous montrer la beauté de Malte, j’ai fini par me demander s’il pouvait être réellement objectif, car il a vraisemblablement été très heureux durant cette période. Auquel cas, c’est davantage une sorte de journal intime, de perception personnelle qu’un véritable documentaire sur l’île. C’est cette ambiguïté qui m’a gêné et m’a empêché d’apprécier pleinement ce livre qui illustre pourtant bien les valeurs du Prix Océans, d’ouverture et de culture différente. C’est d’autant plus dommage que le récit était servi par une plume agréable, et poétique à souhait …

Peut-être le relirai-je, pour une lecture plus historique et moins littéraire.