Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir est un roman étonnant qui raconte la mise en place d’une nouvelle philosophie, qui va changer la face de l’humanité. Et ce tournant majeur va être pris par la personne la plus insignifiante, la plus paumée qui semble être : l’informaticien Jérôme, un charmant garçon malheureusement doté d’une timidité redoutable et d’un manque total de confiance en lui. Deux obstacles majeurs à une vie sociale ou à des relations humaines « normales ».

« Je m’appelle Jérôme et je ne suis pas quelqu’un de très populaire. Invisible pour mon entourage, insipide pour mes collègues, insignifiant pour ma petite amie ».

A partir de réflexions empiriques, en observant le comportement de certaines personnes, il prend conscience que le monde est peuplé de deux types de caractères : les méchants, ceux qui profitent et crachent sur les autres, n’ont aucun respect pour rien, « ceux qui font souffrir parce qu’ils ne pensent pas à l’autre »; et les gentils, qui ne voient le mal nul part et se font avoir à chaque fois : « un gentil est empathique, il se met à sa place et adapte son comportement ». C’est cette dernière catégorie qui le définit, lui et un collègue, Etienne, fan de Star Wars et de jeux vidéos. Gentils, mais transparents. Or la « transparence est une tare dans notre société, où l’exubérance est de plus en plus valorisée. » Ce qui me fait penser à toutes ces émissions de télévision ou de radio dans lesquels les personnalités, pour épater la galerie, lancent vannes sur vannes, et souvent au détriment d’une personne, nouveau bouc émissaire. Je n’ai jamais pu rire d’une blague faite à quelqu’un si cela peut lui nuire, le blesser (moralement ou physiquement), j’ai trop d’empathie. Je me place donc dans la catégorie heskaïenne des « gentils » et je comprends parfaitement ce que peut ressentir Jérôme.

Petit à petit, Jérôme construit un système, où les méchants, ou antipathes, pourraient prendre conscience de leur comportement, et changer : « L’ignorance est la forme d’antipathie la plus commune. Ignorance des codes sociaux, des besoins de l’autre, de la liberté, etc. […elle] induit un décalage entre la réalité et la perception de la réalité. »

En parlant à son collègue Etienne, ce dernier s’enthousiasme. Et c’est l’effet boule de neige. Jusqu’à ce que le mouvement échappe à Jérôme lui-même, qui finit par en sortir.

A l’objectif de Jérôme : « Nous pouvons faire en sorte que la société arrive à se responsabiliser et à se prendre en main », répond désormais celui d’Etienne et des nouveaux disciples acquis à la « doctrine » : « Nous allons aider les gens et modifier la civilisation toute entière. » Ainsi naît le mouvement cimondiste (les citoyens du monde) dont on lit des échos dans la presse encore une centaine d’années après. Une idéologie humaniste et réfléchie autour des comportements humains.

Malgré quelques phrases maladroites, ce premier roman de J. Heska se dévore. Enfin un roman intelligent, qui fait réfléchir et nous propose plus qu’une simple histoire.

Sans compter l’humour épatant de J. Heska. Extrait : « La vie, c’est comme Mario Bros 1. On passe son temps à trimer pour ramasser des pièces, on est obligés d’avancer pour affronter de nouveaux dangers, on subit sans cesse les mêmes épreuves répétitives, le temps est limité et on finira quand même par mourir. Mais surtout, on a beau poursuivre l’aventure, la princesse est toujours dans un autre château. »

En bref, j’ai passé un très bon moment, et c’est vraiment très prometteur pour ce « jeune » auteur qui vole de ses propres ailes.

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Lettre H ! 26/26