Ce roman démarre aux premières rumeurs de l’indépendance des Iles Fernandez (transposition de l’île Maurice). Le récit alterne le présent, où Jérémy, suite à une blessure dont on ne connaît pas encore les circonstances, a été amputé d’une jambe; et l’histoire du jeune Jérémy, à l’heure où son monde s’écroule.

Le Jérémy actuel, mis en scène par un banal « je », s’avère amer, se cache et fait le point sur tout ce qu’il a perdu : « Ce n’est pas non plus en présence de l’amputé qu’Ivy [sa mère] se trouve, mais avec le gamin échappé de mes rêves, de mon silence, et qui se met à crier. » . Il a 25 ans et sa vie est finie. 

Le jeune Jérémy fait face aux tourbillons d’évènements qu’il ne comprend pas, symbolisés par l’approfondissement de sa découverte du badminton :« Aux adultes, le jeu était interdit, car ce qui se déroulait sur les courts avec son lot de lois incompréhensibles et de codes n’était pas du jeu. Jérémy constatait avec inquiétude la liste de ce qu’il perdait en grandissant. »

Il essaye pourtant de marcher sur les traces de son père, grand joueur de badminton dans le prestigieux gymnase d’Albion Hall. « C’était ce que voulait Jérémy – pas s’entraîner, simplement jouer comme son père qui venait à bout de quiconque. » Mais il restera toujours dans son ombre, et lorsqu’il essaye de s’élever, grâce à un stage en Angleterre, il ne subira que défaite après défaite. Pourtant il s’accroche au jeu, puisqu’il ne sait faire que ça« Frapper dans un volant m’apparaissait, avec sa question aberrante, comme une activité vitale, au même titre que manger, respirer. »

Mais au-delà de ce récit de chute sportive, intéressant en soi car je ne connaissais rien au badminton, En chute libre est surtout la chute d’un jeune garçon dont personne ne se préoccupe vraiment et qui ne parvient pas à se construire : « Samy ne pouvait rien pour lui : mis à part un échange, ici à Albion Hall, il n’avait jamais fait grand-chose pour son fils ». La figure du père est essentielle, et se pose en filigrane dans tout le texte, alors qu’il n’intervient que très peu. Jérémy ne se conçoit, comme joueur ou comme homme, que par rapport à lui. Et il sera continuellement déçu.

Cette lecture était très agréable jusqu’au trois quarts du roman : l’auteur nous tient en haleine. On ne sait pas comment il s’est blessé, on pense qu’il est devenu un grand champion avant sa chute. Et puis, page après page, la désillusion, la déception face à l’attente : le personnage est de moins en moins sympathique, il ne se bat pas, et finalement ce qui arrive paraît presque ridicule, accessoire. En tout cas, au moment où la fin est dévoilée, je ne m’y intéressais plus.

Au final, un roman trop long, à la construction bancale, pour pas grand chose, alors que l’idée était bonne. J’ai pourtant été très intéressée par ce qui était dit sur la population de l’île Maurice, le combat entre les élites anglaises, les coopérants locaux, et le bas peuple.

Mais au total, cela reste une déception.

Enfin, un bémol également pour l’éditeur : tout est dit dans la 4e de couverture, c’est dommage … 

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Ile Maurice ! 25/80