« C’est arrivé une fois et le monde entier a retenu la leçon. Ça n’arrivera plus. »

Ce que va prouver Ben Ross, professeur d’histoire dans un petit lycée américain, c’est justement que l’Histoire se répète et que nul n’en est à l’abri.

A partir d’un cours sur la Seconde Guerre mondiale, ce professeur va tenter une expérience dangereuse : instaurer une discipline, un sentiment communautaire entre les élèves de sa classe pour leur montrer que les dérives nazies n’étaient pas le fait du hasard; et que les jeunesses fascistes n’étaient pas l’œuvre de quelques fous, mais bien de jeunes comme eux, qui ont été manipulés.

Rapidement, les élèves se prennent au « jeu », le mouvement se répand, avec son symbole, ses signes d’appartenance. Petit à petit, les anciennes frontières s’estompent : « C’est le sentiment d’appartenir à une chose plus importante que soi. […] Vous faites partie d’un mouvement, d’une équipe, d’une cause. » et la révolte contre les inégalités scolaires qui leur semblent dérisoires : J’en ai marre d’avoir l’impression que ma vie n’est qu’un concours de popularité. »

Mais si la classe semble au départ unanime, petit à petit des voix s’élèvent : entre Laurie, la bonne élève qui reste dubitative, et Robert, le bouc-émissaire de la classe qui se sent enfin accepté, au-delà des apparences, la palettes des attitudes des élèves reflètent les comportements humains les plus divers. Opportunistes, réfractaires, résistants, moutons, tous surprennent. Jusqu’à ce que le mouvement commence à sortir du lycée et à effrayer parents et professeurs, qui se désolidarisent de Ben Ross. Ce dernier se fait lui-même piéger dans son rôle de leader.

Face à lui, des parents comme la mère de Laurie qui semble parler de la voix de la résistance :

« Ma chérie, nous t’avons élevée pour tu apprennes à penser par toi-même, et non à faire comme tout le monde. »

Enfin, effrayé par l’ampleur du mouvement et de l’implication de certains élèves, comme Robert, Ben Ross décide de tout stopper.

C’est maintenant que je veux évoquer le film de Dennis Gansel, sorti en 2008.

Jusque-là, le livre et le film sont globalement assez semblables. Mais la fin diverge, le livre restant sur l’idée de leçon tandis que le film poursuit la logique implacable jusqu’au bout.

En cela, le roman de Todd Strasser est plus optimiste envers la nature humaine (et le cinéma joue davantage sur le tragique et les émotions …), laissant à Robert une autre chance dans la société : « Laurie, si tu étudies les catégories de personnes qui rejoignent les sectes, tu verras qu’il s’agit presque toujours de gens mal dans leur peau et dans leur vie. Pour eux, la secte est une façon de changer, de recommencer à zéro, comme une renaissance. » Le roman défend l’idée que la parole et l’écoute peuvent sauver d’une telle extrémité – mais encore faut-il avoir conscience de l’ampleur de la détresse de certaines personnes qui nous entourent.

Au final, cette expérience qui s’est réellement déroulée dans les années 1970 aux Etats-Unis est de celles qui marquent les esprits, même si j’imagine qu’elle devait être traumatisante pour les lycéens qui en furent l’objet :

« Je me rends compte que j’ai commis une erreur. Un cours d’histoire n’est pas un laboratoire. On ne peut pas se servir d’êtres humains comme de cobayes. […] mais il n’est pas trop tard pour qu’ils en retirent un enseignement]. 

J’ai trouvé que l’auteur avait le mérite de raconter assez clairement cette expérience, de la mettre en lumière, malgré un style littéraire peu raffiné et une construction un peu rapide. On sent qu’il voulait mettre l’accent sur la leçon à tirer, et les dialogues sont parfois peu réalistes.

Sans faire œuvre littéraire, Todd Strasser a pourtant atteint son but, en faisant un document d’histoire unique, et qui nous met en face de nos faiblesses. Un texte qui est aujourd’hui lu, étudié et parfois joué dans toutes les écoles allemandes.

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