Les Hirondelles de Kaboul, par l’écrivain algérien Yasmina Khadra est un roman terrifiant. Le premier d’une trilogie sur les relations entre l’Orient et l’Occident. A travers quelques personnages très différents, un gardien de prison, un commerçant, il dépeint la société afghane actuelle, sous la coupe des talibans.

J’ai lu beaucoup d’ouvrages sur l’Afghanistan, des tonnes de romans ont été écrits. D’emblée, je peux dire que celui-ci ne sort pas de l’ordinaire, nous fournissant son lot de morts, de vexations envers les femmes et d’exactions horribles des talibans.

Je l’ai refermé, écœurée, mais sans rien avoir appris de plus.
Je l’ai refermé pourtant en me demandant encore et encore comment les femmes peuvent accepter de vivre sous de telles lois. Lorsqu’on entend un homme dire de sa femme : « Elle ne représente pas grand-chose en dehors de ce que tu représentes pour elle. Ce n’est qu’une subalterne. De plus, aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme. Le malheur du monde vient justement de ce malentendu. », on a presque envie d’éclater de rire tant cela semble sortir de la bouche d’un adolescent écrit et déçu par ses premières relations amoureuses. Et pourtant un pays entier vit sous ce régime. Et pourtant des millions de femmes endurent ces paroles et pire encore, de continuelles vexations, injustices (et les mots semblent faibles pour exprimer cela). Le pire étant pour celle qui ont connu la liberté auparavant, comme celle qui était avocate et du jour au lendemain est assignée à résidence, releguée aux soins ménagers par un régime atroce, et un mari qui ne peut qu’obéir malgré tout l’amour qu’il lui porte.

Comment peut-on accepter de vivre sous un tel joug ? Un des personnages nous donne une partie de la clé : « La peur est la plus efficace des vigilances ». La peur est partout bien sûr, la peur de souffrir, de mourir, cette peur si humaine (si tant est que la peur ne soit pas un sentiment purement humain). Et pourtant, à la fin du roman, on se demande si la mort n’est pas préférable à cette non-vie.

Une vie où « les joies ayant été rangées parmi les péchés capitaux, il devient inutile de chercher auprès d’une tierce personne un quelconque réconfort. Quel réconfort pourrait-on encore entretenir dans un monde chaotique fait de brutalité et d’invraisemblance, saigné à blanc par un enchaînement de guerres d’une rare violence; un monde déserté par ses saints patrons, livré aux bourreaux et aux corbeaux, et que les prières les plus ferventes semblent incapables de ramener à la raison. »

Difficile de dire mieux, de mieux résumer le chaos qui règne à Kaboul, dans les corps, dans les cœurs de chacun.

« Nous avons tous été tués. Il y a si longtemps que nous l’avons oublié. »

Je n’en dirai pas plus.

 

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25 / 80 ! Algérie !