Très récemment, je me suis dépêchée de me rendre dans les salles obscures pour redécouvrir le classique Jane Eyre, dans une nouvelle version de la BBC. Bien que j’avais déjà pu apprécier les quatre épisodes adaptés il y a quelques années, j’ai trouvé que ce film était une grande réussite. Cette adaptation a éveillé en moi la volonté de relire ce chef d’oeuvre, découvert dans ma tendre jeunesse. Mais pour corser un peu le tout, j’ai décidé de m’attaquer à la “VO” de ce roman écrit par Charlotte Brontë au milieu du XIXe siècle. Ce dernier hantait ma PAL depuis un moment, et j’étais heureuse pour une fois de relire un roman, ce qui m’arrive très rarement.

Je me suis donc plongée avec délices dans ce roman universel, retrouvant l’orpheline à l’enfance difficile, ses relations avec sa famille adoptive qui la méprise, la torture et la remette sans arrêt à sa place : « it is your place to be humble, and to try to make yourself agreeable to them. »

Mais dès cette période, le caractère de Jane Eyre commence à s’affirmer. Elle ne se laisse pas faire quand elle considère qu’elle n’a pas mérité d’être frappée ou punie : « I must resist to those who punish me unjustly. »

Même si le monde entier lui reproche d’être ingrate, menteuse; elle se tient à des principes qu’elle a élaboré, et s’y tiendra jusqu’au bout. L’un de ces principes est de toujours écouter son coeur. Sa perspicacité, sa sensibilité et sa grande intelligence l’aident à prendre les bonnes décisions et à se faire apprécier de ceux qui l’entourent, principalement dans son école de Lowood. Des années bien moins dures que ne le laisse penser le film, ce qui est un peu dommage, puisqu’elle y rencontre une institutrice qui la marquera et reconnaîtra son intelligence, en l’encourageant.

Mais ces premières années ne sont qu’une préparation à ce qu’elle va rencontrer dans son premier poste, à Thornfield Hall. J’ai toujours grand plaisir à découvrir en images cette demeure immense, car les adaptations sont filmées à Haddon Hall, dans le Derbyshire, où j’ai effectué mon stage il y a 3 ans. De même lorsqu’elle erre sur la lande, scènes filmées dans les hauteurs du Derbyshire, où je me suis moi-même promenée (les Anglais du coin en sont fiers !).

Bref, après ce bref intermède personnel, je reviens à l’histoire.

Jane Eyre s’installe donc à Thornfield. Mais cette vie calme ne convient pas vraiment à ce caractère passionné : « the restlessness is my nature ».

Elle a soif d’absolu et veut vivre comme elle l’entend. « I longed for a power of vision which might overpasse that limit; which might reach the busy world, towns, regions full of life I had heard of but never seen. » ou encore « I believed in the existence of other and more vivid kinds of goodness, and what I believed in I wished to behold. »

Et pourtant bientôt, quelque chose de bien plus fort que cette soif d’aventure va la forcer à rester à Thornfield, où la rejoins Edward Rochester, le maître des lieux. D’emblée, celui-ci pose les bases d’une relation étrange, où leurs intelligences discutent directement. Bien qu’il soit laid (elle lui avoue dès la première rencontre !), « it was his nature to be communicative; he liked to open to a mind unacquainted with the world. »

Rapidement, l’alchimie de l’amour fait son oeuvre entre ces deux êtres, anti-héros mais héros romantiques par excellence, perdus dans leur château aux allures terrifiantes et à l’ambiance gothique : « And was Mr Rochester now ugly in my eyes ? No, reader; gratitude, and many associations, all pleasurable and genial, made his face the object I best liked to see; his presence in a room was more cheering than the brightest fire. »

Ambiance romantique et gothique qui atteindra son summun un certain jour … Car il n’est pas dit que Jane et Edward puissent vivre si facilement leur idylle.

Je me souvenais en fait confusément de ce livre, lu il y a trop longtemps. Et je me suis rendu compte que j’avais davantage dans l’esprit les épisodes de la BBC, découverts lors de mon séjour en Angleterre. Ce qui fait que j’ai eu le bonheur de retrouver des passages qui n’y sont pas ou peu développés. De même, par rapport au film de 2012, nécessairement plus court. On n’y retrouve pas par exemple la scène de la voyante, apogée de la bizarrerie et de l’intelligence de Rochester – dont je suis d’ailleurs profondément amoureuse ! -, ou encore celle où l’on apprend les liens entre St-John et Jane Eyre.

Enfin, j’ai pris un vrai plaisir à le lire avec en toile de fond le roman de Jasper Fforde, L’Affaire Jane Eyre. Je n’ai pu m’empêcher d’éclater de rire lorsque que Jane a l’impression que Rochester l’appelle dans la lande; puisque Jasper Fforde imagine que c’est son héroïne qui change le cours de l’histoire en appelant, et empêche ainsi Jane de partir en Inde avec St-John.

Cette intertextualité entre le roman originel, celui de Fforde, entre le film de 2012 et les épisodes plus anciens, m’a permis d’aborder Jane Eyre sous plusieurs aspects, qui se complètent et démontrent, s’il en est encore besoin, combien ce roman est riche, une richesse lui ouvrant les portes d’une universalité éternelle.

« Jane, be still; don’t struggle so, like a wild frantic bird that is rending its own plumage in its desperation. »

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