Lorsque j’ai reçu la proposition pour ce livre par Babelio, qui m’a gâté ces dernier temps (!), j’avoue que j’ai été un peu dubitative. Le titre me tentait moyennement, même si la quatrième de couverture promettait quelque chose d’intéressant. Bref, avant de le laisser pourrir dans ma PAL, et profitant du temps libre que j’ai actuellement à la maison (vive le chômage !), je m’y suis attaquée hier soir. Et je l’ai terminé il y a quelques heures en deux bonnes séances de lecture. C’est un roman qui se lit en effet très rapidement.

L’histoire est simple : A soixante-cinq ans, Harold Fry reçoit une lettre d’une ancienne collègue qu’il n’a pas revu depuis 20 ans. Elle lui dit adieu car elle a un cancer. Décontenancé, il lui répond rapidement et sort poster la lettre. Mais sur le chemin de la poste, il se remémore les liens qui l’unissait à cette Queenie. Il dépasse la boîte aux lettres et se retrouve engagé dans les 800 kilomètres qui séparent son petit village du centre de soins de son amie.

Sa marche prend rapidement l’allure d’un pèlerinage (sans connotation religieuse), grâce auquel Harold est persuadé qu’il pourra sauver Queenie : « Il s’agit d’avoir confiance dans ce qu’on ignore et de s’y accrocher. Croire qu’on peut avoir une influence. » Ces trois mois de marche vont être l’occasion pour le vieil homme de se remémorer des événements qu’il a préféré oublier toutes ces années, mais qui vont lui permettre de se mettre en règle avec son passé et de comprendre comment le grand amour entre sa femme et lui a pu se transformer au fil des années en une indifférence complète : « en marchant, il libérait le passé qu’il cherchait à éviter depuis vingt ans, et ce passé bavardait et folâtrait comme un fou dans sa tête avec son énergie propre. Harold n’envisageait plus la distance en termes de kilomètres. Il la mesurait avec ses souvenirs. » En marchant, il sort du rythme effréné imposé par la modernité. En marchant il se soulage de tout ce qui nous encombre, tout ce qui nous offre un confort tel qu’on ne se remet jamais en question, tout comme sa femme passe ses journées à nettoyer la maison, pour ne pas penser. En marchant, il va à la rencontre de son pays et de ses habitants, fous ou généreux, étranges ou accueillants, chacun avec ses objectifs propres, ses dilemmes, ses deuils.

J’ai conscience que racontée comme ça, l’histoire peut paraître étrange. Je préfère prévenir de suite que j’ai failli reposer le bouquin, non pas à cause de l’histoire, mais à cause de l’écriture bourrée de clichés et de mauvaises constructions. Passé une centaine de pages, je ne sais pas si je me suis habituée, mais c’était lisible … Car ce roman a tout de même une force qui dépasse l’obstacle de l’écriture. Il aborde des thèmes qui nous touchent au plus proche : la maladie, mais aussi et surtout l’amour, dans un couple, pour ses enfants.

Certes il est trop tard pour Harold. Rien ne sert de regretter les choses qui n’ont pas été faites. Il est trop tard pour Queenie car on se doute dès le début que le cancer est incurable – et finalement le sujet n’est pas vraiment abordé. Car le vrai sujet c’est celui de l’usure de l’amour du couple d’Harold et de Maureen. C’est celui de l’usure de la foi en la vie d’Harold. De son désir de faire quelque chose de fou, et d’y croire jusqu’au bout : « Si l’on ne pète pas les plombs une fois dans sa vie, c’est sans espoir. » Harold part à la recherche de son bonheur, sans le savoir. Et Rachel Joyce a trouvé un moyen original et poignant de le traiter.

Il y aurait beaucoup à dire encore … mais je ne veux pas aller trop loin, et vous laisse le découvrir par vous-même …