L’archimandrite Vassili Evangelisto décide, à la fleur de l’âge, de porter la voix de sa religion en terre musulmane. Sur le chemin, son bateau est coulé et il est le seul rescapé. Il finit par trouver refuge sur une île étrange, où tous les habitants sont endormis, et le temps arrêté. « Il sut alors ce qu’était la splendeur. Il ressentit l’émotion qui étreint l’explorateur après des années de recherche et d’errance, lorsqu’il trouve enfin l’entrée de la Cité perdue.Le village semblait irréel, plongé dans le silence, à l’abri des regards. »

Avec son arrivée et la découverte de ce village, une prophétie se déclenche, qui doit délivrer l‘île de Labyrinthe d’une malédiction qui la met à l’abri du fonctionnement normal du Temps. Tout au long de son séjour, l’archimandrite se trouve embarqué dans une aventure pilotée par la recherche de mystérieux coffrets de bois dont on dit qu’ils contiennent le trésor de vérité : « Le trésor de vérité constitue l’un des textes les plus importants depuis la création du monde, car pour certains il renferme le secret du Temps. »

Inutile de chercher quoi que soit de réel ici. Sans le dire, Maxence Fermine a mis un place un véritable conte, où le temps et l’espace semblent abolis, dans la droite ligne du réalisme magique latino-américain. J’ai en effet trouvé des ressemblances avec Cent ans de solitude par exemple, pour l’ambiance lourde et chaude qui pèse sur l’île, et pour l’atmosphère magique qui y règne : « L’île, régie par des lois relevant du monde des esprits, semblait vivre dans un enchantement permanent, réservant à chacun la part de merveilleux qui le délivrait de la banalité du quotidien. »

Très vite, on se rend compte que l’île porte bien son nom. Et la fin nous révèle que le roman entier n’est qu’une longue métaphore que je trouve, pour ma part, parfaitement réussie. Peut-être étais-je plus sensible en ce moment un peu difficile pour moi, où ma vie me paraît être labyrinthique.

« Il n’y a aucune issue à Labyrinthe. Tout revient irrémédiablement à son point de départ, tandis que le temps parfois se fige et parfois file vers l’avenir comme une comète. »

Peut-être est-ce un peu simpliste, mais je trouve qu’il a le mérite de le dire, et de mettre en scène ses réflexions d’une manière intéressante.

Je devais lire ce roman pour Le Club des Lectrices du mois d’octobre. Entre temps, plusieurs membres du Club l’ont lu et ont eu des avis très divergents, en particulier Lili, Accalia, sans parler de Violette qui s’est carrément ennuyée !

C’est moi qui avait proposé cet auteur, car j’avais beaucoup apprécié Neige, Amazone et Le papillon de Siam, y trouvant une langue simple et poétique qui m’a séduite à chaque fois; des métaphores et des petites touches de réflexion sur le monde qui ne nuisent pas à l’ensemble du texte et au talent de conteur de Maxence Fermine. Certaines ont pu être surprises ou déçues par la fin de ce roman, et pour Lili c’est le cas dans un ou deux autres. Pour ma part, je trouve que l’important chez Fermine c’est le chemin que l’on fait pour y arriver. Dans Amazone, c’est la même chose : la quête d’Amazone Steinway est magnifique, et si la fin m’a surprise, je ne la regrette pas.

En bref, de même que Lili adore Jean Teulé alors que je ne le supporte pas, Fermine me semble être un cas parfait de relativisme littéraire, même pour des amies de longue date … mais n’est-ce pas aussi le signe que c’est un auteur intéressant ?

« A trop penser au passé ou au futur, on en oublie de vivre au présent.

On vit comme si on n’allait jamais mourir et on meurt sans jamais avoir vécu. »

Voir les articles d’Accalia, Lili, Violette et George