Cet petit recueil m’a été ramené directement de la librairie Actes Sud en Arles. A une époque, je me suis beaucoup intéressée à Hubert Nyssen, car ce fut le mentor de Sabine Wespieser dont il est inutile de répéter ici encore que c’est une de mes maisons d’édition préférée. C’est de Nyssen et de sa belle maison d’édition que Sabine Wespieser s’est en effet inspirée pour construire la sienne, après avoir fait ses armes à Actes Sud. Par la suite, j’ai découvert le très bon « La Sagesse de l’Editeur » aux éditions J.C. Béhar par ce même Nyssen, qui y creuse ce qui fait un bon éditeur, et surtout un bon passeur de littérature, lui qui a publié Paul Auster, Nina Berberova, Nancy Huston, entre tant d’autres. En tant que future bibliothécaire, son petit texte m’avait beaucoup parlé, et beaucoup apporté.

Enfin, lorsqu’il est décédé en novembre 2011, je m’étais replongée dans sa vie. Je savais qu’un documentaire avait été tourné en 2009, et qu’il devait repasser sur Arte en 2011, en hommage, mais je l’ai raté.

Quand j’ai ouvert ce recueil, qui retrace l’année 2009 du point de vue de Nyssen, jour après jour, j’ai tout de suite fait le lien avec tout ça : c’est cette année justement que fut tourné le documentaire ! Après l’avoir refermé, j’ai donc sérieusement cherché ce film, et je l’ai trouvé ! Ce fut comme si j’avais un aperçu des carnets en image : la Provence, Actes Sud, ses premières armes, ses collaborateurs, toutes ces images étaient éclairées par les propres phrases d’Hubert Nyssen, que je venais de lire :

« On ne laisse plus aux idées le temps d’aller au bout de leur croissance, de leur efflorescence. Nous nous faisons illusion par quelques-unes que nous disposons, telles des fleurs coupées, dans un vase sur la table du salon. »

Parsemé de bouts de vie commune avec la traductrice Christine Le Boeuf (qui a en particulier traduit tout Paul Auster, Alberto Manguel et bien d’autres); de morceaux ensoleillés de Provence; de déjeuners entre amis (plus ou moins connus) sur la terrasse au son des cigales; et de souvenirs de ses combats éditoriaux, ce petit carnet se dévore et permet de dévoiler une face intime mais essentielle de cet homme intelligent, sensible mais si serein.

A chaque phrase, une citation littéraire, une réflexion, une contemplation des paysages, transposés par sa langue poétique. A chaque phrase, je me précipitais sur mon ordinateur pour comprendre de qui il parlait, ou de quel ouvrage. A chaque phrase, une douce nostalgie se dégageait, mais nul regret. Car tout comme Colette – qu’il cite – il est resté jeune, et c’est ce qui lui importe : « N’allez pas vous plaindre de ce que la soixantaine me trouve encore étonnée. S’étonner est un des plus sûrs moyens de ne pas vieillir trop vite. »

Ces carnets sont donc une merveilleuse manière de nous projeter directement dans son monde. Je ne résiste pas à l’envie de vous copier une citation de son dernier carnet, datant de janvier 2011 :

« Mon dernier livre, À l’ombre de mes propos, est arrivé hier ou avant-hier par la poste. Douce illusion que la fin n’est pas pour demain. Nous ne sommes encore qu’à la mi-janvier et je griffonne devant la fenêtre ouverte, conversant avec la ramure du platane dont les bourgeons imprudemment se gonflent. »

J’espère que je vous ai donné envie d’en savoir plus à votre tour … Vous pouvez lire l’intégralité de ses carnets sur son site, de 2004 à 2011 : http://www.hubertnyssen.com/carnets.php#

De mon côté, il me reste maintenant à découvrir les propres œuvres de Nyssen (16 romans et autant d’essais, des poèmes, du théâtre, souvent couronnés par de grand prix littéraires), pour compléter mon parcours et connaître encore mieux ce grand homme …