Etat de Georgie, USA dans les années 2000. On assiste aux derniers jours de l’assassin Smokey Nelson avant l’exécution de sa condamnation à mort, qu’il attend depuis 20 ans. La particularité du roman est qu’il est divisé entre plusieurs narrateurs – et points de vue différents : Sydney Blanchard, un Noir qui a d’abord été arrêté à la place de Smokey et a passé plusieurs jours en prison; Pearl Watanebe qui a découvert la scène du crime dans le motel où elle travaillait ; Ray Ryan qui écoute la voix d’un Dieu vengeur, et qui est le père de la femme assassinée avec son mari et ses deux enfants; enfin Smokey Nelson lui-même quelques heures avant sa mort.

Quatre figures qui sont hantées par le même souvenir, sous des angles différents. Quatre personnages, acteurs plus ou moins impliqués dans le quadruple meurtre, plus ou moins touchés, mais tous traumatisés. Quatre personnes qui ont depuis cherché une raison de vivre.

C’est cette multiplicité des voix qui fait la richesse de ce roman, très noir, très pessimiste (tout comme l’était Le ciel de Bay City, publié chez Sabine Wespieser également). L’horreur, le malheur, la dépression, l’impossibilité de pleurer, Catherine Mavrikakis parvient parfaitement à les rendre, à mots couverts. Mais c’est un roman qui dénonce aussi, à travers deux de ses personnages, comme on le verra plus loin.

La voix de Sydney m’a un peu fatigué, son discours est trop haché, trop décousu j’ai eu du mal à accrocher, même s’il élargit la réflexion à toute la société américaine et à la question du racisme : « Dès qu’on est un peu noir, pour les Blancs, on est rangés parmi les tout Noirs. »

Quant à la voix de Ray – enfin plutôt de Dieu (autant vous dire que j’ai sauté des pages), elle représente les pires côtés de l’Amérique : « Avec l’accès de plus en plus facile à l’Internet satanique, source de pornographie, de mensonges, de haine et des nombreux fléaux qui sévissent à l’heure actuelle, il est de plus en plus évident que les terroristes d’ici et d’ailleurs peuvent fomenter une attaque nationale ayant pour cible la civilisation de Dieu. »

Finalement ce qui m’a le plus touché c’est le témoignage de Pearl Watanebe, celle qui est la plus humaine, et qui a des sentiments différents vis-à-vis de Smokey, un peu comme la sœur de ce dernier qui vient le voir et l’aime encore malgré ce qu’il a commis. Pearl pour qui, « la sagesse consistait dans l’apprentissage du grand bonheur d’être chez soi et dans la découverte béate des joies cachées au cœur de son propre jardin. ». C’est la seule qui a essayé de le comprendre aussi : « elle aurait voulu saisir quelque chose de cet homme. Sa douceur et son atroce méchanceté … »

Enfin, la voix de Smokey Nelson est la pire, empreinte d’une douce mélancolie, celle qui doit saisir tout homme lorsqu’il sait quand et comment il va mourir : « Un homme est mis à mort et c’est la cadence idiote des jours qui se suivent et se ressemblent qui, tout à coup, refait surface et envahit les cellules et les espaces communs. L’inhumanité des choses devient subitement insupportable. » Le dernier chapitre est une dénonciation à peine voilée de l’horreur de cette méthode de « mise à mort qui consistait à faire tuer, sans trop le faire souffrir, un homme par des représentants de la loi. »

Malgré l’intérêt de ce texte, et ses qualités (une belle plume), mon avis n’est cependant pas entièrement positif, ne serait-ce que parce que le thème abordé est délicat, et que Sydney et Ray m’ont un peu tapé sur les nerfs.Mon autre regret c’est que finalement on ne connait pas le mobile de Smokey Nelson. Évidemment il peut ne pas y avoir de raison mais bon …
Un bon roman cependant.

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4/7 !