« Tant que les hommes rêveraient, la magie trouverait sa place dans cette société. »

Georges Beauregard est un ingénieur-mage, un détective de l’étrange qui travaille pour l’empereur de Sequana, ville fantastique en train de subir une modernisation par marche forcée. Si le but du premier est de maintenir les liens de la ville avec sa partie magique, il n’est pas sûr que ce soit le même que son empereur, pour qui la modernité doit passer avant tout : « Pour le Château, la Féérie s’adapterait au monde moderne ou elle disparaîtrait. » Or Beauregard considère que les deux sont indissociables … Dans une lutte contre toutes sortes de complots entre réel et imaginaire, les aventures étranges se succèdent dans une ville où la magie étincelle de partout : « Sequana, où magie et réalité se mêlaient. »

En commençant ce roman, j’ai d’abord été agréablement surprise : une écriture de qualité, une histoire intéressante. Je l’ai lu assez rapidement mais je n’ai pu m’empêcher d’être gênée par plusieurs points : tout d’abord l’abondance des notes de bas de page qui, si elles sont intéressantes pour compléter notre compréhension du monde fantastique – et même indispensables parfois pour suivre le cours du récit – deviennent rapidement lourdes et trop longues à lire, interrompant sans cesse notre concentration sur l’histoire. Un procédé qui n’est pas sans rappeler celui utilisé dans Jonathan Strange et Mr Norrell, et qui ancrait ce roman dans un genre très particulier … La ressemblance ne s’arrête pas là, et l’imitation n’est pas toujours positive ..

De plus, si j’ai apprécié au départ les clin d’œil à l’histoire parisienne (Les Mystères de Sequana, La Revue des deux mondes, le suicide de Gérard de Nerval), très vite je me suis aperçue que ça n’avait plus rien de subtil : l’auteur transpose à peine et ne cache absolument pas sa copie de l’époque de Napoléon III, jusqu’à la description de l’empereur ou le nom du chantre de la modernité, Hoffman. De la même manière, les allusions à la mythologie sont drôles mais après 400 pages, j’avais plus l’impression d’avoir un cours de 6e sur la mythologie qu’un véritable roman.

Bref, de bonnes idées, mais utilisées de manière un peu maladroites. De même je n’ai pas apprécié le virage un peu gore qu’il prend au cours de l’aventure, l’éloignant pour moi du monde de la littérature jeunesse – ce qu’il n’avait peut-être pas pour ambition au départ mais qui, de par l’utilisation de la mythologie et de l’histoire, me paraissait bien approprié pour des jeunes. Une illustration parfaite de roman calibré pour les « Young adults », nouvelle catégorie de la population visée par les éditeurs, férus de fantasy.

Enfin, quoi de plus énervant que d’arriver à la fin d’un roman et de s’apercevoir que l’histoire n’est pas finie … Je flaire la série interminable avec un héros très stéréotypé et un peu bizarre (on est en train de charcuter un prince et lui, au lieu de mener l’enquête, il va patiner avec des amis …).

Pour conclure, une lecture intéressante car elle m’a permis de découvrir à la fois cet auteur et la nouvelle collection des Editions Pré aux clercs, Pandore; mais qui ne me laissera pas un très grand souvenir. Ce qui est dommage car je reste avec un regret, comme si on était passé pas très loin d’un bon roman … A suivre.

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Je tiens à remercier Babelio et le spécial Masse Critique qui a permis ce partenariat avec la maison d’édition du Pré aux clercs, spécialisée dans la fantasy et le fantastique.