Conseillé et offert par une amie proche, ce gros roman me faisait un peu peur, malgré tout le bien qu’elle m’en avait dit ! La semaine dernière, alors que j’avais enchaîné une série de petits romans de piètre qualité, j’ai décidé de le commencer à tout hasard, histoire de me poser dans une longue histoire … Je l’ai lu en 2 fois, dont la deuxième fois en 4h, 600 pages avalées. Ou comment se faire avoir par le « allez, encore un chapitre et j’arrête ! »…

« Il y a trois profondes aspirations, trois grandes expressions de l’inquiétude humaine que seule une foi mystique peut pleinement satisfaire. C’est d’abord celle qui fait de l’homme un pèlerin, un vagabond; c’est le désir de sortir de son monde normal pour aller à la recherche d’un eldorado perdu, d’un meilleur pays […]. C’est ensuite le désir de trouver une âme sœur qui s’accorde parfaitement avec elle et ce désir inspire l’amour. C’est enfin l’aspiration à la pureté intérieure et à la perfection qui fait de l’homme un ascète et, en dernier ressort, un saint. » (Evelyn Underhill).

Cette citation, en préface du roman, éclaire l’ensemble de ce roman-fleuve, intemporel, qui nous emporte à travers 40 ans de l’histoire de trois personnages :

William, jeune garçon intelligent mais pourtant fainéant (« J’aime bien qu’on me laisse tranquille »).

Marguerite, sa promise et âme sœur, jolie, souriante et heureuse de vivre (« il faut avoir l’esprit léger pour rire »)

Marianne, la sœur de Marguerite, grave mais énergique, qui est aussi amoureuse du beau William.

Ce trio va se déchirer, se ressouder, s’abandonner, au cours d’une histoire qui va les transporter de l’Angleterre victorienne guindée aux abords sauvages de la Nouvelle-Zélande (qu’ils appellent le pays du Dauphin-Vert), au temps des féroces affrontements entre colons et maoris. Au-delà de cette histoire d’amour, c’est également une fresque de la vie des colons britanniques qui doivent s’habituer au manque de confort, aux catastrophes naturelles : « C’est un pays impressionnant, pensa William. Il peut-être libre, pur, magnifique mais il est dur et terrible également. Tout y est possible. Tout. »

J’hésite à vous en dire plus, car le principal acte du livre se situe dans la première moitié, et je ne veux pas vous le révéler. Ce que je peux vous dire, c’est que vous n’en ressortirez pas sans un certain agacement envers tous les personnages : le mou William qui, par un oubli idiot, va massacrer les vies de 3 personnes; la jolie Marguerite, qui va faire un choix que j’ai détesté; et Marianne, qui semble être le personnage central, tour à tour agaçante et émouvante. Elizabeth Goudge, dans la droite lignée de Daphné du Maurier et des sœurs Brontë, nous montre l’effet du hasard sur ces destins, et le tour étonnant que peuvent prendre les choses ..

Enfin, comme toujours avec les éditions Phébus, j’ai trouvé que l’écriture avait une force et une beauté qui rajoutent du charme à cette histoire terrible. Cependant, je n’ai pu m’empêcher de tiquer parfois sur des tournures, des constructions (parfois répétitives, par exemple en ce qui concerne la description des personnages) qui sapaient toute force au texte, rendant alors une tonalité naïve et agaçante.

Dans la série des regrets, malgré les 800 pages de développement, les personnages sont parfois un peu trop caricaturaux, comme si l’auteur n’avait voulu en faire que des types, des caractères, illustrant la citation ci-dessus.

Enfin, j’ai eu du mal à croire à l’idiotie de William, celle qui a enclenché le mécanisme du reste du roman … Et le rythme, passant les années à toute vitesse, m’a également gêné.

Ce sont ces réserves qui font que ce livre n’est pas un coup de cœur, mais bien cependant un très bon moment de lecture (c’est déjà impressionnant d’avoir pu construire une telle histoire sur 800 pages), que je vous conseille !