M’étant un peu lassée des romans, et durant une période où j’ai passé du temps à la maison, j’ai fait un tour à la bibliothèque et j’ai emprunté une moisson de bande-dessinées. Genre que je connais peu, à part Lucky Luke, Astérix et les Tuniques bleues de mon enfance, je me suis dit qu’il était temps de combler quelques lacunes. Ici, en l’occurrence, 3 lacunes :

– Ma méconnaissance du nouveau genre du « roman graphique ». Lacune comblée par Le Ciel radieux de Taniguchi, qui avait déjà adapté un roman que j’ai lu, Les Années douces.

– Ma volonté de lire TOUS les Astérix. Or je suis tombée sur un que je ne connaissais pas. C’est fait, c’était Le Bouclier Averne, qui m’a bien fait rire.

– Enfin, j’ai voulu remonter plus loin dans l’histoire de la BD. Et j’ai découvert Bécassine.

Une remontée dans le temps de l’histoire de la BD donc, que j’ai trouvé intéressante tout en appréciant vraiment ces heures passées à déguster des histoires en images !

Un ciel radieux  – Jiro Taniguchi

Ce roman graphique de 200 pages se dévore tout bonnement ! Il faut dire que les dessins de qualité aident à entrer dans le rythme. Et j’avoue que l’histoire aurait sûrement moins bien rendu en roman classique.

Tout commence par un accident de la route : fatigué, à bout de nerf, Kubota renverse un jeune lycéen en moto, Takuya. Kubota est tué sur le coup, laissant une femme et une petite fille, mais Takuya, après plusieurs semaines de coma, finit par se réveiller. Seulement il ne se rappelle de rien, il ne comprend pas ce qui se passe et ne reconnaît pas les gens autour de lui, qui semblent le prendre pour un autre. En réalité, il semblerait qu’au moment de l’accident, l‘esprit de Kubota soit passé dans le corps du jeune garçon. Très vite, il comprend qu’il ne dispose que d’un sursis, qui semble lui être laissé pour régler une dernière chose … avant que l’esprit jeune et fort de Takuya ne reprenne le dessus …

« Kazuhiro Kubota .. c’est son nom .. cet autre qui vit en moi … Mais qui croira à mon histoire ? Moi-même, parfois, je me demande si tout cela est bien arrivé. »

Cette histoire est envoûtante, très bien menée et pleine d’émotions. Si l’on a envie de donner des claques à l’ancien Takuya, on ne peut s’empêcher d’avoir le cœur serré face aux adieux de Kubota à sa famille …

Un très beau roman graphique à découvrir, qui traite remarquablement bien du deuil. Comme le dit l’auteur lui-même : « même si l’histoire est un peu étrange, j’ai voulu représenter avec les moyens de la bande-dessinée les conflits et les tiraillements du cœur, l’affliction qu’il y a à accepter la mort d’un être et ce qu’il faut faire pour partir sans laisser aucun conflit intérieur non résolu derrière soi. »

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Le bouclier averne – Uderzo

Et voici un des derniers Astérix que je ne connaissais pas encore !

Il revient à la bataille d’Alésia, lorsque Vercingetorix dépose ses armes (douloureusement) aux pieds de César, et raconte le parcours du bouclier du grand chef à travers la Gaulle. Astérix et Obélix se lancent à sa recherche afin que leur chef, Abraracourcix puisse narguer César : comme dit ce dernier, « Veni, vidi, vici, et eux, ils rigolent ! ». Et en effet on rigole bien encore ici ! Après maintes péripéties, l’album se conclue sur l’habituel banquet … sauf pour le chef, qui a des problèmes d’estomac (!).

Cet album ne fait pas exception à la qualité des précédents. On y retrouve les habituelles blagues et adaptations d’expressions célèbres (« ce n’est pas le moment de faire de l’esprit de dolmen ! »). Et on y redécouvre le patriotisme chatouilleux des Gaulois : « Alésia ? connais pas Alésia ! Je ne sais pas où ça se trouve Alésia ! Personne ne sait où se trouve Alésia ! » Mais Gergovie, oui … Et le narrateur de conclure : « Cette attitude, qui s’est perpétuée à travers les siècles, fait que l’emplacement de la défait gauloise reste encore de nos jours, assez mystérieuse .. regrettable chauvinisme ! »

Encore une fois, cette album permet d’en apprendre plus sur la France, d’une manière ludique … !

Et surtout n’oubliez pas, « Le temps, c’est des sesterces. »

1/26 – Lettre U

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Bécassine Nourrice – E. J. P. Pinchon

Je sais, je sais, c’est vieux ! Mais j’ai pris un réel plaisir à me plonger dans cette lecture du début du XXe (elle est apparue en 1905 dans La Semaine de Suzette). Au départ introduite pour clôturer le journal, l’histoire de cette bonne bretonne rencontra un tel succès que l’auteur continua … A partir de 1913, elle apparaît dans des histoires plus structurées, jusqu’en 1950.  C’est donc trois ans avant Les Pieds Nickelés, que l’on assiste à la naissance de la bande dessinée moderne, la transition entre les histoires illustrées et la vraie bande dessinée. Son graphique inspirera bon nombre de dessinateur, en particulier celui de Tintin 25 ans plus tard.

Mais ne vous y trompez pas ! Le texte est encore très prédominant, et il n’y a pas encore de vrais dialogues au sens où on l’entend en bande-dessinée.

En tout cas, elle est entrée dans le dictionnaire avec comme définition : « Jeune fille sotte ou naïve. » Elle représente la figure de la provinciale de l’époque, telle qu’elle est vue par les élites bourgeoises parisiennes. Supposée être l’image d’une Bretagne rurale et arriérée. Une image que certains Bretons refusent encore (une association milite pour détruire sa statue au musée Grévin.). Pour moi, mieux vaut en rire aujourd’hui, et se dire que la Bretagne d’aujourd’hui n’a – heureusement – plus rien à voir avec la Bretagne du début du XXe siècle (et avec le monde rural hors Paris de cette époque).

Dans l’album que j’ai emprunté, paru en 1922, Bécassine se retrouve nourrice d’une pauvre petite fille abandonnée. Elle y révèle toute sa tendresse et son habileté avec les enfants, son bon sens paysan, tout en faisant régulièrement des bêtises …

Bref c’était une lecture agréable, au cours de laquelle j’ai bien rigolé, et qui m’a permis de combler une lacune essentielle ! 🙂