Ce billet m’a été inspiré par un article du Courrier International de mars 2012, du linguiste italien Raffaele Simone. Depuis ce jour, je voulais vous en parler, repoussant sans cesse ce moment …

Alors que dès que je dis que je suis bibliothécaire, on me regarde avec commisération avant d’ajouter la phrase attendue : « mais les bibliothèques vont disparaître avec le livre numérique (et Google), non ? »; le monde littéraire est pourtant plus vivant que jamais, célébrant les vertus du livre papier : salons, cercles de lecteurs, festivals, discussions, prix, rentrée littéraire.

En effet, la lecture, longtemps associée à un plaisir solitaire, est aujourd’hui quelque chose qui renvoie au collectif. Et l’explosion des blogs littéraires et des réseaux sociaux de lecture comme Babelio ne fait que le confirmer : on note ses livres, on se les prête, on s’en offre, on en discute, on se challenge, on se fixe des objectifs communs, on en discute encore et encore. Une fois qu’on a mis le pied dans ce monde virtuel, il est difficile de s’en sortir ! 🙂

« Le livre mêle, avec une ambiguïté exaltante, le plus parfait isolement à la plus grande sociabilité. »

L’auteur termine son article en critiquant le livre numérique, mais je n’ai pas voulu en faire mon propos car ce débat évolue au jour le jour et alimente de nombreuses tensions. Cependant, il relève une nouveauté intéressante pour le livre numérique : la possibilité de chatter en direct au cours de la lecture, tentant ainsi de recréer une version virtuelle des clubs de lecture. Je ne suis cependant pas sûre que ce soit très utile, car si on aime partager une lecture a posteriori, sur le moment, on est bien seuls face à notre page !

Cela souligne un des dangers du monde littéraire virtuel qui s’est constitué ces dernières années : celui de perdre le plaisir solitaire de la lecture, sans subir de pression extérieure que ce soit de la part des éditeurs, des auteurs, ou d’autres lecteurs / blogueurs. A l’heure où les barrières tombent entre les gens, c’est aussi la liberté du lecteur qui est en danger et qu’il faut tâcher de conserver à tout prix .. Liberté de lire ce qu’on veut, quand on veut, comme on le veut. Liberté d’imaginer, de rêver, d’apprendre. Bref, la liberté d’être.

Les droits imprescriptibles
du lecteur

 

Le droit de ne pas lire.
Le droit de sauter des pages.
Le droit de ne pas finir un livre.
Le droit de relire.
Le droit de lire n’importe quoi.
Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)
Le droit de lire n’importe où.
Le droit de grappiller.
Le droit de lire à haute voix.
Le droit de nous taire.

(Daniel PENNAC, Comme un roman.)