Pour changer un peu, aujourd’hui je vais vous parler de philosophie … mais ne prenez pas peur ! ce sera une philosophie douce et ludique puisqu’elle passe par la bande-dessinée …

Deux mondes qui ne sont pas antinomiques !

Une bande-dessinée intéressante, avec des textes de Michel Onfray et des illustrations magnifiques de Le Roy. J’avais emprunté cette BD car mon ami s’intéressait à Nietzsche, avec l’idée qu’elle m’aiderait à comprendre cette philosophie, en la simplifiant par le côté plus ludique des images. Sans perdre la qualité philosophique grâce au support d’Onfray. Et ce fut le cas.

« Révéler tout ça, le dire, le raconter, l’expliquer, c’est la tâche du philosophe : enseigner la nature tragique du monde, puis donner des solutions pour y vivre et parvenir à la joie. »
Les textes sont faits à partir des écrits et de la Correspondance de Nietzche, mais les images expriment beaucoup aussi, en particulier la solitude et le mal-être de cet homme.

J’en ai également beaucoup appris sur la vie de Nietzsche, en particulier ce détail de la fin dont j’avais vaguement entendu parler auparavant (des cours de philo de terminale ? :)) :

« Après dix années de folie et de prostration dues à une syphilis contractée dans sa jeunesse et développée sur un terrain psychologique fragile, Nietzsche est mort à l’âge de 55 ans.
Dans les années qui suivirent, sa sœur confectionna des faux qu’elle fit publier sous le nom de son frère, dont La Volonté de puissance. Elle accrédita la thèse d’un Nietzsche antisémite, belliciste, faisant l’éloge de la brutalité, de la cruauté et du mépris de la pitié. Elisabeth Nietzsche devint l’amie d’Adolf Hitler, qui assista à ses propres funérailles n novembre 1935. »

Ce qui explique la manière dont est souvent vu Nietzsche alors qu’aucun de ses écrits n’est antisémite : s’il parle des Juifs, ce ne sont pas de ses contemporains mais des sémites d’il y a deux millénaires …

Un autre problème de Nietzsche est le suivant : « On te trouve trop lyrique et pas assez scientifique, disons-le autrement : c’est trop bien écrit, c’est enflammé, pas assez sinistre. Ton livre était un suicide universitaire ». En effet, j’en ai lu des passages et la qualité littéraire est indéniable. De quoi donner du grain à moudre aux critiques universitaires qui l’attaquent sur ce plan. C’est vrai après tout, mieux vaut lire Kant, que personne ne comprend …

Il est possible – et même certain – que cette BD ne rende la pensée de Nietzsche que d’une manière parcellaire, par souci de vulgarisation. Mais elle peut constituer une très bonne entrée en matière pour des curieux qui n’ont aucun goût pour les phrases philosophiques alambiquées.

La philosophie en BD ? Un pari tout de même audacieux de la part d’Onfray, que je ne peux que saluer.

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Cet ouvrage n’est pas une BD en tant que telle : chaque chapitre se compose d’une planche illustrée par Jul (auteur de Silex and the City) et d’un texte d’une page expliquant l’illustration, en développant ensuite sur le philosophe concerné, par Charles Pépin (journaliste et universitaire). A partir de la bande dessinée, ce dernier tente de nous rendre les philosophes plus familiers, plus proches de notre quotidien. Le ton employé, plutôt désinvolte, y participe.

Cependant, plusieurs points m’ont dérangé :

– J’ai eu beau chercher, je n’ai pas compris le classement et l’organisation des textes : ni chronologiques, ni alphabétiques, les philosophes se succèdent sans logique définie, et l’absence d’index et de table des matières ne facilite pas la lecture !

– Les textes sont courts et faciles à comprendre. Drôles souvent. Mais se pose alors la question de savoir s’ils ne sont pas TROP courts et TROP faciles, trop simplifiés donc. Illustrer le Léviathan avec « c’est la chenille qui redémarre », certes j’ai rigolé, mais je n’ai pas compris Hobbes pour autant …

Tout de même, certaines planches sont drôlissimes : on croise ainsi Bouddha qui surfe sur Second Life. Ou Héraclite qui refuse de se baigner deux fois dans la Seine …

Alors comment qualifier cet ouvrage ? pédagogique ? oui, mais j’espère que les lycéens ne parleront pas du Rubik’s cube en citant Wittgenstein .. ; didactique ? sûrement, mais d’une manière un peu limitée avec le parti pris de rire sans cesse ; ironique ? oui ! ; décalé ? oui ! ; Réussi ? j’hésite encore …