Alors que j’avais beaucoup apprécié les précédents romans lus de Sorj Chalandon, en particulier Mon Traître, Retour à Killybegs et La Légende de nos pères, j’ai été déçue par celui-ci, deuxième roman de l’auteur, qui a cependant reçu le Prix Médicis en 2006.

On est pourtant tenu par le mystère qui règne dans ses pages : un groupe d’amis, dans un village perdu en Mayenne, entretiennent une vieille maison, se référant sans cesse à une promesse faite quelques mois plus tôt à deux personnes qui semblent avoir compté dans leurs vies à tous, Étienne et Fauvette, décédés récemment. En faisant vivre la maison, les amis retardent le deuil et gardent éveillés les esprits des deux disparus : « Au nom de l’amitié, du respect et de la mémoire. […] Au nom de ce qui reste, de ce qui doit rester. Au nom de l’automne qui fane les regards. » Menés par le bosco, « qui commande un peu, qui départage, qui aide, qui cligne de l’œil par affection, qui encourage, qui conseille, qui calme, qui rassure », frère d’Etienne, ils vont devoir se battre pour que la motivation reste, animée par l’amour. Mais l’oubli – et le deuil – est humain, et petit à petit, les fissures apparaissent …

Et marchant à la mort il meurt à chaque pas
Il meurt dans ses amis, dans son fils, dans son père.
Il meurt dans ce qu’il pleure et dans ce qu’il espère
Et sans parler des corps qu’il faut ensevelir
Qu’est-ce donc oublier, si ce n’est pas mourir.
(Alfred de Musset)

Malgré la poésie et l’amour qui se dégage de ce texte, je n’ai pas retrouvé le souffle romanesque et historique des autres romans de Chalandon, et n’ait pu rentrer dans cette histoire. En me le remémorant pourtant, je me rend compte du message de l’auteur : la lutte contre l’oubli, la douleur de la mémoire, l’horreur de la perte. Mais en mettant davantage l’accent sur les histoires de chacun, et l’explication de son abandon, je me suis sentie éloignée des personnages, à part ceux d’Étienne et Fauvette, unis par un amour parfait, jusqu’à la fin.

En bref, un avis mitigé, un rendez-vous raté.

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Lettre C !