Le roman est centré sur un personnage éclatant : Lester, qui exerce une véritable fascination sur son entourage, et en particulier un collègue, le narrateur qui avoue « J’étais prêt à tout pour qu’il me remarque, pour qu’il me prenne en amitié. Mais je n’avais rien à offrir à un être comme lui. Mon adoration était sans valeur. Il avait éveillé en moi quelque chose d’essentiel, un bouleversement radical. La faculté d’imaginer une autre manière d’être au monde. »

Le récit se structure sous forme de tableaux, de la naissance à la mort violente de Lester. Compagnon désinvolte et imprévisible, séducteur invétéré, Lester joue avec le feu des sentiments des autres, et traverse leur vie à l’image d’un feu follet :« Comme d’un dieu qui aurait conservé du monde souterrain quelques déplorables manies tragiques ».

Le collègue, Clay, est donc le narrateur principal, puis on entend la voix de Sarah, maîtresse de Lester qui, par un texte elliptique, évoque leur histoire et sa passion. Enfin, les dernières pages sont des bouts d’une interview de Lester, quelques temps avant sa mort. Une manière originale de tracer un portrait de ce personnage complexe, qui suscite des sentiments ambivalents.

Parsemé de poèmes de François Villon, le texte est efficace, sobre, court, mais fort. Un beau roman à plusieurs voix, dans la pure tradition américaine, celle de Steinbeck and co. 

Comme le dit son éditrice, « Forrest Gander a su, avec une remarquable économie de moyens, dire les frontières ténues entre l’amitié, l’amour et la mort, donnant à un fait divers somme toute banal une étonnante intensité tragique. »

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à écouter la courte vidéo où Forrest Gander explique ce qu’il a voulu faire avec ce roman.

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Lettre G !