En plein cœur de la Seconde guerre mondiale (oui encore un roman sur ce thème, la rentrée en est pleine !), les habitants d’un petit village des Vosges découvrent un soldat « nègre » réchappé de la débâcle de 1940. Ce Guinéen, adopté en France à l’âge de 13 ans, va faire sensation auprès des villageois.

« Il y a un nègre dans la rue Jourdain
– Et qu’est-ce qu’il fait là, ce nègre ?
– Rien, il est juste en train de mourir. »

Petit à petit, il s’intègre à la vie du village, séduit. Et puis, en 1942, il entre dans la Résistance, créant le premier maquis des Vosges, et entraînant avec lui quelques-uns des habitants. Véritable diable noir, les Allemands le pourchassent et l’appellent « le terroriste noir », « Der schwarze Terrorist ! »

Le roman se construit comme un monologue répondant à un interlocuteur imaginaire, qui serait le neveu d’Addi Bâ, venu visiter le village en question alors que ce dernier veut rendre hommage à son « nègre » en donnant son nom à une rue … Une décision qui permet à la narratrice de revenir sur l’histoire d’Addi Bâ, rétrospectivement, jusqu’au jour où il a été trahi … Une décision qui ravive les tensions existant alors dans le village … Germaine, nièce adoptive, amoureuse, admirative de ce grand Noir, raconte le village, ses querelles, ses petites sournoiseries et cet étonnant personnage, qui a marqué à jamais sa vie et l’histoire des siens. Pas de long portrait mais une esquisse en creux, à travers les propos de Germaine.

« Il n’aura passé que trois ans avec nous, seulement trois ans, mais maman déclarait qu’elle avait l’impression qu’il était là depuis toujours, à notre insu, un peu comme ces nuages qui se forment sous vos yeux alors que vous vous demandez d’où ils ont bien pu sortir. »

A partir de la vie de ce soldat peu ordinaire, Tierno Monemembo crée une figure romanesque fascinante, insaisissable, un peu agaçante mais finalement terriblement attachante. Il rajoute une touche de couleur au cœur d’un village traditionnel déjà bouleversé par la guerre. Il les pousse à l’action, avec sa gouaille toute africaine.

En bref, un beau cocktail historique et romanesque, qui en fait une œuvre originale, à la fois drôle, émouvante et poétique.

Pour en savoir plus sur Addi Bâ, vous pouvez vous rendre sur ce site, réalisé par un passionné.

***

Lettre M !