Ce très bon roman de science-fiction est entièrement centré sur un personnage extra-terrestre, venu organiser le transfert des derniers survivants de son peuple sur Terre. En échange de prodigieuses technologies anti-atomiques. La vie vaut-elle la peine d’être sauvée ? les humains méritent-ils l’aide des extraterrestres via des technologies anti-atomiques susceptibles de rendre inopérant le cheptel nucléaire mondial ?

Publié en pleine guerre froide, le texte de Walter Tevis n’a pourtant pas pris une ride tant la question de la bombe atomique reste problématique dans notre société actuelle.

Tout commence par la guerre. En effet, le peuple de Thomas Newton a été décimé par des guerres incessantes entre les différentes populations. Au point où leur race en est venue à être menacée d’extinction. Thomas Newton a donc été envoyé pour construire un ferry boat permettant à son peuple de survivre en s’exilant. Mais le plan ne se déroule pas comme planifié, les humains étant imprévisibles. Et puis, petit à petit, Newton s’habitue à ce monde à sa lourde gravité et à sa mentalité un peu folle, terriblement guerrière : « l’humanité n’a t-elle pas le droit de choisir sa propre forme de destruction ? ».

Je ne vous en dévoile pas plus …

C’est un roman relativement pessimiste qui nous est proposé car on se doute que rien ne peut empêcher les hommes de s’entretuer, et un extraterrestre à la physionomie étrange, moins que les autres. C’est aussi un texte sur la solitude, la dépression, alors que Newton est rattrapé par les passions terrestres : « une lassitude extrême, un morne ennui, une profonde fatigue devant ce monde actif, toujours actif et destructeur, rempli de bavardages bruyants. » J’ai été littéralement fascinée par cette figure qui dérive peu à peu, perdant le goût à la vie, le contact avec sa réalité, restant déraciné et épuisé. L’alcool est alors pour lui la seule solution, tout comme elle est la seule solution pour d’autres personnages clés de l’histoire, effrayés par la modernité et une société où ils ne trouvent pas leur place.

Loin de la SF traditionnelle (à des années-lumière de l’invasion extraterrestre destructrice), c’est un texte original, profond, d’une grande richesse, malgré sa simplicité extérieure. Car quand on y songe, les questions qu’il pose sont vertigineuses …

Un livre que je ne suis pas prête d’oublier.