mer otsuka

En 1919, elles furent des centaines à émigrer en Amérique pour y épouser des Japonais installés là-bas depuis un certain temps. Beaux, riches, propriétaires, voilà ce qu’ils devaient être. L’Amérique était un rêve, la promesse d’une vie facile comparée au travail dans les rizières ou les champs japonais.

« Même les plus réticentes admettaient qu’il valait mieux épouser un inconnu en Amérique que de vieillir auprès d’un fermier du village. Car en Amérique les filles ne travaillaient pas aux champs, il y avait plein de riz et de bois de chauffage pour tout le monde. « 

Ces femmes vont vite se rendre compte, chacune à leur manière, que cette nouvelle vie n’est pas celle dont elles rêvaient.

« Nous voilà en Amérique, nous dirions-nous, il n’y a pas à s’inquiéter. Et nous aurions tort. »

Certaines n’avaient jamais vu la mer est un roman choral original, composé de multiples voix, qui s’attache donc à retranscrire la vie de ces femmes, de leur arrivée à l’épisode traumatisant de leur exode au début de la Seconde guerre mondiale. Une vie qui va se décliner en plusieurs chapitres :  Bienvenue, La première nuit, Les Blancs, Naissances, Les enfants, Traîtres, Dernier jour, Disparition. Une vie de misère, de travail, de rêves dorés évanouis, et une vie sans espoir de retour (car revenir serait apporter la honte sur la famille).

« Jamais nous ne serions venues en Amérique accomplir une besogne qu’un Américain qui se respecte n’eût acceptée. »

Petit à petit, elles s’habituent à leurs nouvelles vies, et leurs enfants sont complètement Américains : ils parlent anglais, changent leurs noms. C’est leur pays dorénavant, et leur culture japonaise relève presque du folklore … Des destins extraordinaires à leur manière, pour cette population américaine dont on a très peu entendu parler, et une façon intéressante de leur rendre hommage.

En effet, la particularité du roman est de ne s’attacher à aucune femme en particulier. Il est entièrement construit autour du « nous » et de la formule « certaines d’entre nous. » Parfois, une phrase en italique fait résonner un « je« , une phrase prononcée par une individualité, mais ce n’est pas la majorité.

J’avoue que j’ai été surprise par l’originalité de la construction. Mais finalement, même si le roman est court, la narration devient vite lassante, relevant pratiquement de l’énumération. On ne s’identifie à aucune, chaque femme étant évoquée trop brièvement, anonymement. L’émotion est là, quand on prend le roman dans son ensemble, mais à la lecture, il reste trop impersonnel, ce qui m’a empêché de réellement l’apprécier. Le sujet m’a touché mais j’aurais aimé un autre traitement. Le style est très beau, mais il se perd dans une sorte d’incantation qui lui fait perdre sa valeur. Ce qui ne m’empêche pas de saluer l’habilité de l’auteur à construire un tel récit, si conséquent dans son contenu, et si novateur dans sa forme.

Un bémol également sur le titre, qui ne reflète pas, d’après moi, la richesse du roman.

Prix Fémina étranger 2012.

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Challenge rentrée littéraire

12/7 !

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