Trois romans français contemporains (2003 et 2012) pour cette nouvelle édition des livres que je n’ai pas chroniqué en décembre. Trois belles expériences, très différentes.

dactylo james

Roman de la Rentrée Littéraire 2012, La dactylographe de Mr James semble être passé presque inaperçu. Pourtant, il m’a immédiatement alléché lorsque j’ai lu la quatrième de couverture. Lire une partie de la vie de James à travers les yeux de sa dactylo, celle-là même qui restera auprès de lui durant près de 8 ans et rédigera une biographie de son employeur à sa mort.

Essentielle mais le plus souvent invisible, Theodora Bosanquet (Frida) prend vie sous la plume de Michel Heyns. Elle vit, aime, écrit, tente de s’imposer face à la lourde personnalité de l’écrivain dont elle est le moyen de communication.

« C’était bien de lui, songeait-elle avec une amertume inaccoutumée, que de se perdre dans l’analyse de la structure de l’histoire d’une jeune femme affrontant sa destinée et de ne tenir aucun compte de la présence quotidienne dans sa maison d’une telle jeune femme. »

Durant tout le roman, nous assistons donc à l’écriture de James en train de se faire, de 1907 à 1916, une longue période au cours de laquelle il a procédé à la révision de toutes ses œuvres, rédigeant d’importantes préfaces en prévision d’une publication complète aux États-Unis. Quelle meilleure manière pour nous introduire l’œuvre de James que d’insérer des bouts de ces préfaces ?

« J’ai la satisfaction de penser que je laisserai derrière moi un corpus aussi parfait que mes moyens me le permettent; mais la perfection est une quête épuisante, l’atteindre équivaut à une petite mort. »

De plus, nous introduisant au cœur de l’intimité de l’écrivain, nous suivons également ses relations avec les « grands » de ce monde, en particulier son amie proche, Edith Wharton et les relations tumultueuses de cette dernière avec leur ami commun, Fullerton, un journaliste américain.

Michel Heynes parvient à nous rendre magistralement les relations compliquées de ces trois personnages, avec Theodora (Frida) en satellite, qui en sait plus que tous les autres …

J’ai un regret c’est l’utilisation un peu « too much » de ce que je considère comme des bêtises, en l’occurrence le paranormal dont use Frida pour communiquer avec Fullerton lorsqu’il est à l’autre bout du monde. Cependant, Frida croyait à l’écriture automatique et s’est passionnée pour tous les faits un peu étranges. Michel Heyns n’a donc fait que profiter de cet intérêt pour faire avancer les relations de son roman … mais j’ai quand même trouvé que c’était à la limite de la tricherie

A part ce bémol, un roman passionnant, qui m’en a fait apprendre beaucoup sur James, sa manière de parler, de réfléchir et d’écrire, sa quête de la perfection Une façon originale d’illustrée l’histoire littéraire de l’Angleterre et de l’Amérique à la fin du XIXe siècle.

bosanquet

Challenge rentrée littéraire

13/7 !

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corbrion

Emma se remet difficilement de la mort de ses parents dans un accident de voiture, quelques mois auparavant. Infographiste spécialisée dans la retouche de photographies anciennes, elle se noie dans son travail pour oublier. Plongée dans la vie d’inconnus qui veulent restaurer leurs souvenirs, elle vit sa vie à travers eux. Jusqu’au jour où elle reçoit un étrange e mail, d’un homme mort il y a quarante ans et qui lui demande de transmettre un message à sa femme … Or cette dernière vient juste de remettre une photo à restaurer à Emma … Une photo de son mari …

Ce texte, qui a reçu le prix de la Fondation Bouygues Telecom en 2012 (ce prix a pour contrainte de créer un texte avec un moyen de communication au cœur de ce dernier), est un premier roman prometteur. Il se dévore, le style est assez agréable et malgré quelques maladresses au début, on rentre facilement dedans. L’histoire est intelligente, d’une grande sensibilité, et on s’attache à cette fragile Emma qui tente de se reconstruire et se retrouve au cœur d’un phénomène étrange …

En bref, un bon moment de lecture et de détente, que je ne peux que vous conseiller.

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blondel

Offert par une amie très chère, ce petit roman ne m’a duré que le temps d’un aller-retour de RER. Et pourtant, c’est un texte très fort. Composé d’une vingtaine de récits à la première personne, c’est un roman choral original, qui s’étale entre 1972 et 2002. Trente ans d’écart, dix-huit personnages, quatre lieux différents. Un point commun : ils sont allés en vacances à la plage. De Cap-Breton à Hyères, en passant par Arromanches et Perros Guirec, les personnages se rencontrent, se frôlent, s’aiment, mais c’est au lecteur de faire le lien entre tous. Au point d’en avoir presque mal à la tête à la fin ! Une narration impressionnante, qui s’arrête au bon moment, en un point d’orgue surprenant.

Un texte qui vaut la peine d’être lu et relu pour être mieux appréhendé. Mon premier roman de Blondel, qu’on m’a chaudement recommandé à plusieurs reprises, et qui ne sera pas le dernier.

Un roman atypique, magistral.