kafka

Kafka suite m’a attiré pour un Masse Critique Babelio car il se présente comme une dystopie sur un écrivain qui m’a toujours intrigué : Kafka. Dans ce roman, Laurent Jouannaud envisage la vie qu’aurait pu avoir Franz Kafka s’il n’était pas mort de la tuberculose en 1941, alors qu’il avait 41 ans. Mort inconnu, sans même avoir publié ses deux chefs-d’œuvre inachevés, Le Procès et Le Château. Une vie qui nous laisse sur notre faim …

Et si Kafka avait survécu et si sa dernière cure l’avait guéri ? Jouannaud l’imagine lui, les voyages qu’il aurait fait, les amours qu’il aurait pu rencontrer – lui qui en avait si peur -, ses écrits. Jusqu’à la rencontre du juif Kafka avec l’horreur de la Seconde guerre mondiale.

S’appuyant sur une documentation historique précise, l’auteur montre qu’il connaît extrêmement bien son « personnage », expliquant à chaque page, d’une manière fine, pourquoi il imagine que Kafka aurait pu dire ceci ou cela. Il ne va pas cependant aussi loin qu’il le pourrait, en imaginant Kafka célèbre ou Kafka écrivant chef d’œuvre sur chef d’œuvre. Un peu plus loin, et le roman aurait été ridicule.

Mais finalement, en se cantonnant à ce qu’on peut imaginer, il nous laisse un peu sur notre faim, décrivant la vie calme, bien rangée, du retraité Kafka, réfugié sur la Côté d’Azur et délaissant l’écriture pour la vie et le soleil.

Au final, j’ai été déçue par ce roman. En fait, j’ai été immédiatement gênée par ce pour quoi même j’avais choisi ce texte : écrire une dystopie sur un écrivain c’est autre chose que d’écrire une dystopie sur l’humanité ou une autre planète. Ici, même si tous les faits semblent extrêmement sérieux et documentés – Jouannaud a même imaginé le journal qu’aurait pu tenir Kafka – on ne peut se détacher d’une seule pensée : tout cela est faux, ce n’est pas arrivé.

Peut-être aurais-je dû mieux connaître Kafka pour mieux appréhender cet exercice d’écriture. Il me manquait certaines clés. Ici on ne le voit que comme un être constamment malade, qui se laisse vivre. « Vivre sans ambition littéraire, c’est rejoindre l’humanité et sa banale normalité. »

J’avais été moins gênée avec le roman La Part de l’Autre d’Eric Emmanuel Schmidt qui imagine la vie d’Hitler s’il avait été reçu à l’Académie. Imaginer les événements différents, réfléchir aux enchaînements historiques est plus facile que de créer un nouvel être, un Kafka vieillissant.

Enfin, un autre point qui m’a un peu énervée est la présence constante de Laurent Jouannaud, qui coupe son texte par des explications ou parallèles avec sa vie et son œuvre : « Franz Kafka c’est moi maintenant. Cela fait longtemps qu’il m’obsède. Nos vies se ressemblent. »

En bref, une déception. Je ne nie pas la qualité littéraire et la difficulté de l’exercice de l’auteur, mais simplement je n’ai pas pu entrer dedans et l’apprécier …

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babelioMasse critique !