amour zola

Une Page d’amour est le huitième tome de la série des Rougon-Macquart. Il a le malheur de s’insérer entre les deux mastodontes que sont L’Assommoir et Nana, ce qui pourrait expliquer qu’il est moins connu que d’autres.

Dès l’entrée, le roman se différencie des précédents tomes. Ici, il n’y est aucunement question de politique, ou d’ouvriers. Il y est bien sûr toujours question d’hérédité et de généalogie. Mais Zola a choisi de l’aborder sous l’angle de l’amour. Hélène Grandjean, sœur du Silvère du premier tome, élève seule sa fille Jeanne, qui a une dizaine d’années au moment où commence le roman. La petite famille vient d’arriver à Paris, ayant suivi le père qui cherchait du travail. Malheureusement, celui-ci décède peu après. Heureusement (il faut bien qu’il y ait un peu de positif !), la famille de ce dernier laisse une rente à vie, qui va permettre aux deux femmes de bien vivre.

Seulement l’argent ne fait pas tout … Bientôt Hélène voit son cœur battre de nouveau à la rencontre du médecin voisin qui vient régulièrement au chevet de sa fille, constamment malade. Mais l’on s’en doute, la passion entre deux personnages de Zola ne mène jamais à quelque chose de positif … Ici c’est Jeanne qui sert de déclencheur, prise de jalousie envers celui qui lui prend sa mère. Les sentiments les plus violents sont alors mis en scène, jusqu’au terrible dernier acte.

« Aimer, aimer ! pourquoi ce mot revenait-il en elle avec cette douceur, pendant qu’elle suivait la fonte du brouillard ? »

Désenchantée, amère, cette œuvre ne laisse que peu d’espoir aux passions humaines. D’une qualité égale à ses autres œuvres, elle met en scène l’opposition entre l’amour maternel et l’amour physique, l’amour de la mère à celle de l’amante. Si j’ai pu ressentir de la peine pour Hélène qui est déchirée entre ces deux sentiments, je n’ai pu m’empêcher d’être agacée envers Jeanne qui est dans une phase que l’on qualifierait aujourd’hui de pré-puberté. Rajoutons à cela la faiblesse morale des Rougon-Macquart et sa faiblesse physique, elle devient alors le personnage clé du texte, et non sa mère …

Ce roman est étrange : je me disais au départ qu’il me semblait moins bon que les précédents, et en même temps, Zola nous offre des textes extrêmement différents l’un de l’autre, explorant toutes les passions et sentiments humains avec une acuité et une précision de chirurgien. Donc finalement ce texte est aussi bon (sans être mon préféré), mais il s’adresse plus aux émotions qu’à l’intellect.

Pour finir, un dernier point qui a achevé de faire de ce roman une bonne lecture : les magnifiques descriptions de Paris, alors que pourtant le texte se déroule en huis clos. Mais de la maison d’Hélène, on a vu sur les toits de la ville, et les jeux de lumière, la ville de jour et de nuit sont merveilleusement décrits par Zola. Un régal.

« Mais le ciel avait changé. Le soleil, s’abaissant vers les coteaux de Meudon, venait d’écarter les derniers nuages et de resplendir. Une gloire enflamma l’azur. Au fond de l’horizon, l’écroulement de roches crayeuses qui barraient les lointains de Charenton et de Choisy-le-Roi, entassa des blocs de carmin bordés de laque vive; la flottille de petites nuées nageant lentement dans le bleu, au-dessus de Paris, se couvrit de voiles de pourpre; tandis que le mince réseau, le filet de soie blanche tendu au-dessus de Montmartre, parut tout à coup fait d’une ganse d’or, dont les mailles régulières allaient prendre les étoiles à leur lever. Et, sous cette voûte embrasée, la ville toute jaune, rayée de grandes ombres, s’étendait. »

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