Histoire

Tout le monde connaît, au moins de nom, ce titre célèbre de la littérature jeunesse. Ne serait-ce que par le film ! Personnellement je pense l’avoir vu quand j’étais enfant, ayant des images qui me sont restées, comme celle du dragon (jusqu’à cette semaine, je croyais que c’était un gros chien !) volant et du petit garçon. Offert par ma chère George, ce roman est arrivé à point dans une période où j’avais perdu la saveur de la littérature. Non pas que ce gros bouquin soit de la Littérature, mais en tout cas l’histoire est extrêmement entraînante et il ravira les gros lecteurs que nous sommes … car la magie des histoires, des mots, est partout ici !

Bastien a une dizaine d’années quand un soir pluvieux, poursuivi par des garçons de sa classe qui se moquent sans cesse de lui, il se réfugie dans une vieille librairie. Là il y fera la rencontre du libraire, homme grincheux dérangé dans sa lecture, et qui n’aime pas les enfants. S’absentant un instant pour répondre à un coup de téléphone, Bastien jette un coup d’œil sur le livre qu’il tenait entre ses mains, et découvre cette couverture énigmatique :

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« Qui n’a jamais passé tout un après-midi sur un livre, les oreilles en feu et les cheveux en bataille, à lire et lire encore, oublieux du monde alentour, insensible à la faim et au froid –
Qui n’a jamais lu en cachette, sous la couverture, à la lueur d’une lampe de poche, parce qu’un père ou une mère ou quelque personne bien intentionnée avait éteint la lumière, dans l’idée louable que le moment était maintenant venu de dormir puisque demain il faudrait se lever tôt –
Qui n’a jamais versé, ouvertement ou en secret, des larmes amères en voyant se terminer une merveilleuse histoire et en sachant qu’il allait falloir prendre congé des êtres avec lesquels on avait partagé tant d’aventures, que l’on aimait et admirait, pour qui l’on avait tremblé et espéré, et sans la compagnie desquels la vie allait paraître vide et dénuée de sens.

Celui qui n’a pas fait lui-même l’expérience de tout cela ne comprendra visiblement pas le geste de Bastien. »

Quoi de mieux pour un jeune garçon avide de lectures, que de trouver une histoire qui n’a pas de fin ? Bastien ne résiste donc pas, vole le livre et s’enferme pour le lire tranquillement. Il s’y immerge totalement, suivant les aventures d’un jeune héros destiné à sauver le Pays Fantastique. Or très vite, il s’avère que le seul qui pourrait sauver ce monde est un enfant humain …

« Tandis que Bastien lisait ces mots et entendait en même temps la voix grave du Vieillard de la Montagne Errante, il commença à avoir des bourdonnements d’oreilles et des éblouissements.
Ce qui était raconté là, c’était sa propre histoire ! Et elle faisait partie de l’Histoire sans fin. Lui, Bastien, apparaissait en tant que personnage dans le livre dont il s’était considéré jusqu’à présent comme le lecteur ! Et qui sait si un autre lecteur n’était pas justement en train de le lire, croyant à son tour n’être qu’un lecteur et ainsi de suite jusqu’à l’infini ! »

L’imbrication entre le texte et la réalité de Bastien est très bien faite pendant la moitié de l’histoire, les interventions de l’enfant étant marqué par le corps gras. J’ai énormément apprécié cette manière de faire, de plus en plus intéressante au fur et à mesure que les deux réalités tendant à se rejoindre.

« Qui êtes-vous donc, vous les créatures du Pays Fantastique ? Vous êtes des fictions, des chimères au Royaume de la Poésie, des personnages dans une histoire sans fin ! Te considères-tu toi-même comme réel, gamin ? »

La deuxième partie du roman, celle où Bastien se retrouve dans l’histoire, est celle qui est la moins connue parce qu’elle est totalement bâclée dans le film. En effet ce dernier ne dure qu’une heure trente, et l’accent a été mis sur les aventures du Pays Fantastique, et beaucoup moins sur Bastien lui-même.Histoire film Pour le coup, j’ai vraiment été déçue car le film a perdu tout l’intérêt du livre, qui est de montrer que Bastien, une fois beau, riche et bien intégré dans le Pays Fantastique, perd aussi tout contact avec ses souvenirs, son propre monde, et avec ce qui le plus important : sa famille.

Ce roman est un récit fantastique, mais également un très bon roman d’apprentissage, intelligent, à peine moralisateur. Bastien est le type même de l’antihéros, qui fait des erreurs humaines, et se laisse porter par ses faiblesse. « C’était une nouvelle naissance. Et le plus beau, c’était qu’à présent il voulait justement être celui qu’il était. Si une infinité de possibilités s’étaient offertes à lui, il n’en aurait pas choisi d’autres. Désormais il savait : il y avait dans le monde des milliers et des milliers de formes de joie, mais au fond toutes ces joies n’en faisaient qu’une : celle du pouvoir d’aimer. »

C’est aussi un texte plein de magie et de poésie, à travers ce Pays Fantastique que Bastien crée à son gré.

Bref un incontournable à lire, aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Mais je vous déconseille le film après …

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