Trois auteurs clés de la littérature française … Trois romans du XIXe siècle … Histoire, Famille, Art. Trois thèmes différents. Trois coups de cœur.

margotLa Reine Margot (1845)

Un des romans les plus connus de Dumas, et pour cause : au centre, la figure éclatante de la reine Marguerite de Navarre, qui épousa Henri de Navarre, destiné à devenir Henri IV, roi de France … Mais pour l’heure, dans le roman, ils sont simplement deux nouveaux épousés mêlés au plus cruel massacre religieux : la Saint-Barthélémy où furent assassinés des milliers de huguenots, à Paris ou en province. Ayant perdu tous ses amis et soutiens, Henri se voit contraint de se convertir au catholicisme pour mener à bien son ambition : obtenir la couronne de France, pour l’heure dans les mains du faible Charles IX … soutenu par sa redoutable mère, Catherine de Médicis.

Nous voilà donc plongés au cœur de la St Barthélémy, au cœur de cette France sanglante du XVIe siècle, où l’on s’égorgeait pour un rien, et où l’honneur était chatouilleux. Quoi de mieux pour y planter le décor d’un formidable roman de cape et d’épée, mené tambour battant ? Quoi de mieux pour apprendre l’histoire de France sans en avoir l’air, sans effort ?

Tout cela en suivant les aventures de La Mole, héros de l’envergure d’un d’Artagnan, mais qui connaîtra un destin moins chanceux … Trahisons, secrets, meurtres, la vie politique de l’époque était bien plus agitée qu’aujourd’hui ! 😀

« Vous ne connaissez pas les murs du Louvre, de Mouy ; c’est pour eux qu’a été fait le proverbe que les murs ont des oreilles » ..

En bref un roman superbe, qui se dévore grâce à la modernité de son écriture et à son rythme trépidant qui mêle histoire et Histoire. Que du bonheur.

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pierre et jean

Pierre et Jean (1887)

C’est un roman un peu plus intimiste que nous a produit Maupassant. Ici il ne s’agit que de retracer l’histoire de deux frères, Pierre et Jean au cœur du Havre des années 1880.

« Jean, aussi blond que son frère était noir, aussi calme que son frère était emporté, aussi doux que son frère était rancunier, avait fait tranquillement son droit et venait d’obtenir son diplôme de licencié en même temps que Pierre obtenait celui de docteur. »

Le cadet, Jean, se voit soudain changé en riche héritier par la mort d’un parent lointain qui lui lègue tout. Son destin en est bouleversé et son frère Pierre doit lutter contre les mauvais sentiments inspirés par ce manque de chance. D’autant que leurs parents sont totalement aveuglés par l’or et ne jurent bientôt plus que par leur cadet : emploi, mariage, maison, tout lui est possible, alors que son aîné, plus intelligent mais plus tourmenté, doit batailler pour s’en sortir …

Mais au-delà de cette contingence, Pierre va découvrir un secret familial bien plus terrible. Un secret qui va changer sa vision de l’amour maternel, et le forcer à rompre avec sa vie d’avant … Ou comment raconter finement l’effondrement d’une famille, sur la belle toile de fond qu’offre le port du Havre et ses bateaux qui représentent la liberté possible.

S’éloignant du réalisme de Balzac, Maupassant entre ici dans l’analyse des mécanismes intimes de la psychologie humaine, nous offrant un roman marquant et parfaitement réussi. Je n’ai malheureusement pas lu la préface intitulée Le roman dans laquelle Maupassant expose en quelques pages sa vision du roman naturaliste (l’hérédité – légitime ou bâtarde -, la petite bourgeoisie, et les problèmes de l’argent) et critique le genre de l’étude psychologique.

« Il faut être, en effet, bien fou, bien audacieux, bien outrecuidant ou bien sot, pour écrire encore aujourd’hui ! Après tant de maîtres aux natures si variées, au génie si multiple, que reste-t-il à faire qui n’ait été fait, que reste-t-il à dire qui n’ait été dit ?
Qui peut se vanter, parmi nous, d’avoir écrit une page, une phrase qui ne se trouve déjà à peu prés pareille, quelque part ?
Quand nous lisons, nous, si saturés d’écriture française que notre corps entier nous donne l’impression d’être une pâte faite avec des mots, trouvons-nous jamais une ligne, une pensée qui ne nous soit familière, dont nous n’ayons eu, au moins, le confus pressentiment ? »

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 chef d'oeuvre

 Le Chef d’oeuvre inconnu (1831)

Ce très court texte de Balzac ne m’était connu que de nom. Il valait bien le détour lors d’une après-midi pluvieuse auprès d’un poêle bien chaud. Il s’attache à la question de la création, ou plutôt de la Création, de l’Art à travers la figure de trois personnages : le jeune premier, artiste à ses débuts (Nicolas Poussin); l’ami qui va lui présenter un Peintre; le Peintre lui-même, qui va le fasciner en évoquant son chef d’oeuvre, qu’il peaufine depuis des années, et grâce auquel il pense atteindre la perfection artistique ...

« Montrer ma créature, mon épouse ? Déchirer le voile sous lequel j’ai chastement couvert mon bonheur ? Mais ce serait une horrible prostitution ! Voilà dix ans que je vis avec cette femme, elle est à moi, à moi seul, elle m’aime. Ne m’a-t-elle pas souri à chaque coup de pinceau que je lui ai donné ? Elle a une âme, l’âme dont je l’ai douée. Elle rougirait si d’autres yeux que les miens s’arrêtaient sur elle. La faire voir ! Mais quel est le mari, l’amant assez vil pour conduire sa femme au déshonneur ? Quand tu fais un tableau pour la cour, tu n’y mets pas toute ton âme, tu ne vends aux courtisans que des mannequins coloriés ! Ma peinture n’est pas une peinture, c’est un sentiment, une passion ! »

Arrive le jour où celui-ci estime que le tableau est terminé. Malheureusement, à force de le retoucher, et sans regard extérieur, sans recul, le chef d’oeuvre promis n’est plus qu’un amas de couleur. Désespéré le peintre se pend.

Cette nouvelle est brève mais puissante. Balzac analyse en quelques pages à la force de la puissance créatrice, mais aussi sa capacité de destruction d’un homme.