Retour de cette rubrique pour les livres que je n’ai pas eu le temps de chroniquer en février, mais dont je voudrais vous dire quelques mots tout de même. Pas d’unité ce mois-ci : trois romans français, un américain, deux du XXe siècle, deux du XXIe, et des genres totalement différents …

Le salaire de la peur de George Arnaud (1950)

salaire peur

C’est après avoir vu le film de Clouzot, datant de 1952, que j’ai eu envie de découvrir l’œuvre originale. Pour le coup, je ne sais trop si j’ai eu raison, car le roman ne m’a pas apporté grand chose de plus, tant les images du film étaient encore fraîches dans ma mémoire.

Vous ne le connaissez pas ? Laissez-moi vous en parler …

Le texte est inspiré d’un voyage de George Arnaud, pseudonyme du journaliste d’investigation Henri Girard, fait en Amérique du Sud. Effectivement, les descriptions de l’ambiance, de la chaleur, et des modes de vie sont particulièrement réussies et parlantes. L’histoire est simple : un incendie se déclenche dans un puits de pétrole au milieu du désert. Pour l’éteindre, une seule solution : combler le puits en utilisant de la nitroglycérine. Ce qui implique le transport de ce liquide ultra-dangereux sur des dizaines de kilomètres. Et le risque de sauter à tout moment.

« Sauter, sauter, le maître mot. Le courage consiste à continuer, quand on commence à se rendre compte. Là est la différence entre les deux hommes. »

Quatre hommes se proposent finalement pour ce travail, avec pour seule motivation l’énorme salaire qui leur sera versé. Un salaire censé compenser la peur de mourir à toute seconde. Mais surtout un salaire qui leur permettra de s’échapper de l’enfer dans lequel chacun s’est retrouvé coincé, dans un petit village sans envergure et sans avenir …

« On ne prend pas l’avion sans argent. Il n’y a pas d’argent sans travail. Il n’y a pas de travail. On ne prend pas l’avion sans argent. »

Ainsi …

« Le choix pour eux était bien simple : partir ou crever. Ils ne pouvaient partir, ils refusaient absolument de crever. Les mains crispées, les dents serrées, ils arpentaient avec rage le piège à hommes où ils étaient tombés. »

C’est un roman qui fonctionne sur la tension et la peur, que le lecteur finit même par ressentir au fil des pages ..

« De quelle couleur est donc la peur ? Sûrement pas bleue, toujours. Blanche ? Grise ? Chinée rose et vert ? La peur est un liquide incolore, inodore et insipide. »

Un texte agréable à lire, mais qui ne m’a finalement pas transcendé.

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Le serrurier volant de Tonino Benacquista

serrurier volant

Je continue ce billet avec un court roman atypique, par mon nouveau chouchou, Tonino Benacquista, auteur du très bon Malavita. Ce qui m’a attiré l’œil ici c’est le travail fait en collaboration avec l’illustrateur Tardi, qui nous introduit en images dans le monde de Benacquista, dans un beau petit texte aux teintes marrons. Car ce n’est pas réellement l’humour qui prédomine ici, mais s’il est omniprésent dans l’écriture de l’auteur, mais bien la gravité du sujet, et la manière très particulière dont Benacquista a choisi de le traiter : après un drame d’une rare violence, Marc se coupe entièrement de sa vie d’avant et se reconvertit en serrurier. « Insaisissable et partout chez lui. »

Mais plus qu’un métier, cela devient rapidement un art de vivre, celui de sauver les gens, de les accompagner dans leurs petits drames du quotidien. « Il voulait vivre à contresens du monde en marche. Se terrer quand les autres sont debout et agir quand ils dorment. » Une manière de faire le deuil de son propre drame, jusqu’à ce que l’occasion se présente pour tirer un trait une bonne fois pour toutes sur le passé …

Un très bon texte, original, plein de sentiments et qui incite à réfléchir sur les barrières que nous nous créons nous-mêmes dans notre esprit …

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Home – Toni Morrison (2012)

home

Dans un style et sur un sujet complètement différent, j’ai survolé le texte de Toni Morrison.

« Lotus, Géorgie, est le pire endroit du monde, pire que n’importe quel champ de bataille. Au moins, sur un champ de bataille, il y a un but, de l’excitation, de l’audace et une chance de gagner en même temps que plusieurs chances de perdre. La mort est une chose sûre mais la vie est tout aussi certaine. Le problème, c’est qu’on ne peut pas savoir à l’avance.

A Lotus, vous saviez bel et bien à l’avance puisqu’il n’y avait pas d’avenir, rien que de longues heures passées à tuer le temps. Il n’y avait pas d’autre but que de respirer, rien à gagner et, à part la mort silencieuse de quelqu’un d’autre, rien à quoi survivre ni qui vaille la peine qu’on y survive. « 

Lotus c’est la « Home » pour Franck, revenu de la guerre de Corée, en partie traumatisé par ce qu’il a vu et fait. C’est aussi sa sœur cadette, la seule famille qui lui reste, et qu’il va devoir protéger. Une odyssée familiale où les fantômes à combattre sont nombreux ..

Écrit dans un style très simple, avec une grande économie de moyens, ce roman n’a pourtant pas réussi à me toucher, aucune émotion n’a été soulevée, cette émotion que de nombreuses critiques évoquent à la lecture de ce livre. Impossible d’expliquer autrement que je suis complètement passée à côté de ce texte (trop ?) court.

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La proie – Némirovsky (1938)

la proie

Le roman décrit le trajet d’un homme (Jean-Luc Daguerne) qui veut à tout prix réussir en affaire pour échapper à la misère et à l’avenir morne et sans appât qui semble lui être réservé. Pour y arriver, il va partir d’un amour de jeunesse, Edith Sarlat, fille d’un influent banquier, pour l’épouser et bénéficier des faveurs du beau-père. Or, il s’avère rapidement que la proie n’est peut-être pas Edith, mais Jean-Luc lui-même qui s’aperçoit au final qu’il n’a jamais réussi à être heureux, car le pouvoir semble exclure l’amour ou même l’amitié.

« Sacrifier sa vie pour avoir la possibilité de vivre ! … car il n’était pas heureux. Il n’avait rien. Des espérances déçues. Ni amour, ni dévouement dans le cœur. »

Encore un bon roman d’Irène Némirovsky qui, comme à son habitude, décortique le cœur des hommes et les analyse sans pitié. Dans un style impeccable, elle nous introduit dans la société de l’entre-deux-guerre, dans le monde où pouvoir et argent s’entrelacent. Un monde dans lequel on peut trouver un certain nombre de choses, mais pas la paix de l’âme …

« Il y a des succès partiels, empoisonnés par le doute de soi, l’amertume, l’envie, la peur, mais ces sensations aigües que donne le triomphe, tout ce que ce petit José imaginait sans doute, cela, c’était des rêveries d’enfants. Il restait les rivaux. Il restait la peur de l’échec. »