et rester vivant

« C’est ridicule. Personne ne perd son frère et sa mère, puis quatre ans plus tard, son père – à l’âge de 22 ans. ça n’arrive jamais, ce genre de choses. Même dans les romans. Il y a une limite à l’indécence, quand même. Le romancier plonge son héros dans la tragédie, il ne va pas en rajouter une couche. Il est sur le point d’ajouter un troisième décès, et puis il se reprend :  » ah non honnêtement, c’est impossible, il faut que je trouve autre chose. »

C’est sur ce ton que nous mène Jean-Philippe Blondel dans ce roman très autobiographique. A partir d’une musique de Lloyd Cole, c’est tout un parcours de deuil que va suivre le narrateur, en France puis aux États-Unis, dans un véritable road-movie qui rappelle les romans de la beat generation, et Sur la route de Kerouac en particulier.

En effet, lorsqu’à 22 ans, il se retrouve orphelin, il va lui falloir quelques mois pour trouver un nouveau ressort à une vie qui semble absurde et injuste. Partir, voyager sur les traces de son idole, Lloyd Cole, et inspiré par sa chanson, le narrateur s’embarque dans un trajet intérieur.

« J’ai 22 ans et je suis le dépositaire de leurs histoires inachevées. J’ai 22 ans et je suis un reliquat de récits. Une survivance. »

Très loin d’un ton de mélodrame, Blondel nous emmène au cœur de son drame et de son deuil, sans pathos ni larmes, simplement par le récit d’un jeune homme qui veut malgré tout continuer à vivre. Un texte dont on ne sort pas indemne. Peu friande habituellement de ce genre de textes, où les auteurs étalent leurs traumatismes, impossible ici de me faire la même réflexion. J’ai particulièrement été touchée par une réflexion qui revient à plusieurs reprises, une phrase que disait souvent la mère du narrateur : « on a tout le temps d’avant nous. On a la vie devant nous. ». En réalité il suffit d’un virage raté, d’une voiture face à nous pour que le temps s’arrête, et que la vie ne soit plus. Un véritable hymne pour en profiter maintenant, être heureux dès aujourd’hui …

Je laisse le dernier mot à l’auteur lui-même : « It’s about staying alive and about how you and why you finally decide to get on with your life – and at what cost. » (Jean-Philippe Blondel,sur le site de Lloyd Cole en 2011)

« J’espère que désormais, plus aucun de mes livres ne sera un hommage. »