tapis

Sur une lointaine planète, se déroule un rite ancestral, qui règle la vie des habitants de tous les villages : les hommes tissent, année après année, un tapis de cheveux, destiné à décorer le palais d’un Empereur que personne n’a jamais vu mais que tous vénèrent. Une fois le tapis terminé, il est vendu par le fils du tisseur, qui gagne ainsi de quoi acheter les matériaux pour son propre tapis. Il lui suffit ensuite de se choisir une femme, capable de lui apporter des filles : et voilà la matière première toute trouvée pour son tapis …

Siècle après siècle, les habitants de cette planète suivent ces règles, dont l’origine s’est perdue depuis longtemps, au point de tuer toute personne qui en vient à douter. Car « Le malheur s’empare de quiconque commence à douter de l’Empereur. ». Jusqu’au jour où un homme mystérieux venu d’une autre planète, apparaît et leur annonce que l’Empereur est mort depuis vingt ans. Sans compter qu’il a vu le palais de ce dernier, et qu’il n’y a jamais aperçu un seul tapis de cheveux …

« Produire des tapis de cheveux, telle était la sainte mission que l’Empereur avait confiée à ce monde ; mais, pour d’obscures raisons, la puissance qui avait soutenu cette mission semblait s’être éteinte. »

A travers des chapitres courts, presque des petites nouvelles, Andreas Eschbach nous dresse un univers insolite, inquiétant, en adoptant des points de vue différents à chaque fois. C’est un roman assez complexe, même s’il semble être basé sur une idée assez simple, qui anime tout le texte : à quoi servent ces tapis de cheveux ? Eschbach profite de cette question pour nous emmener aux confins de l’univers à la suite de différents personnages qui cherchent eux-mêmes cette réponse … jusqu’à la révélation ultime. Mais il vous faudra le lire et parvenir à la toute dernière page !

Eschbach est un des rares auteurs de fantasy allemande à avoir franchi les frontières de son pays : il est considéré comme l’un des écrivains majeurs dans ce genre. Et j’avoue que j’ai apprécié ce roman pour son originalité, et la manière de traiter l’idée originale. Malheureusement il n’échappe pas à quelques longueurs, ne serait-ce que parce que j’ai souvent attendu de retrouver les personnages du chapitre précédent, ce qui n’arrive pratiquement jamais … Une fois faite à l’idée que les chapitres sont indépendants, j’ai pu m’intéresser au système général dans lequel a voulu nous immerger Eschbach, et je suis admirative du résultat. C’est un bon roman de science-fiction / fantasy. Mais pas que. Car le fantastique, s’il est très présent, n’est en réalité là que pour se faire le héraut de l’idée de l’auteur : ses réflexions sur ce système totalitaire et planétaire, tout le mécanisme utilisé par l’Empereur pour parvenir à ses fins, tout ça démontre qu’Andreas Eschbach a voulu faire plus qu’un simple roman de divertissement.

Il me semble que c’est également un roman qui interroge sur l’absurdité de la condition humaine, se rapprochant des thèmes de prédilection de Kafka : tous ces tisseurs qui travaillent sans se poser de questions, sous l’égide d’un soi-disant grand ordonnateur qui en réalité a disparu depuis des dizaines de milliers d’années; tous ces hommes qui travaillent pour l’Empereur, accomplissant des ordres qui ont été donnés, et que l’on a oublié d’annuler …

Ce fut donc une expérience de lecture intéressante qui, si elle ne fut pas un coup de cœur, a été d’une grande qualité et m’a incité à me poser un certain nombre de questions. J’espère que mes copines du Club des Lectrices parviendront au bout de ce texte, même si elles n’aiment pas la fantasy : ne vous inquiétez pas, il y a bien plus dans ce roman ! Vous pouvez déjà aller lire l’avis de Lili Galipette, qui a apprécié cette lecture.

A noter : Eschbach a publié en 2001 un roman intitulé Kwest, qui se situe dans le même univers que Des milliards de tapis de cheveux, mais dans une temporalité différente …

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petit bacUne partie du corps !