envies

A cinquante ans, Jocelyne tient une petite mercerie dans une petite ville tranquille. Elle a deux enfants, un deuil à porter et un mari à supporter, de plus en plus irascible. Elle ne demande pourtant pas grand chose, à part quelques kilos en moins, un peu de gentillesse en plus et de l’amour … Le jour où elle gagne 18 millions d’euros, elle n’ose l’annoncer à personne, persuadée que cela n’apportera pas plus de bonheur dans sa vie, au contraire …

« Être riche, c’est voir tout ce qui est laid puisqu’on a l’arrogance de penser qu’on peut changer les choses. Qu’il suffit de payer pour ça. Mais je ne suis pas riche. Je possède juste un chèque de dix-huit millions cinq cent quarante-sept mille trois cent un euros et vingt-huit centimes, plié en huit, caché au fond d’une chaussure. Je possède juste la tentation. Une autre vie possible. Une nouvelle maison. Une nouvelle télévision. Plein de choses nouvelles. Mais rien de différent. »

Pendant un moment, elle se contente de dresser des listes, de ce qu’elle ferait, de ce qu’elle achèterait si elle dépensait tout cet argent. Et l’imaginer est déjà un bonheur à lui tout seul … Car finalement cet argent ne peut lui apporter ce qu’elle veut vraiment ..

Il n’y a que dans les livres que l’on peut changer de vie. Que l’on peut tout effacer d’un mot. Faire disparaître le poids des choses. Gommer les vilénies et au bout d’une phrase, se retrouver soudain au bout du monde.

Parce que nos besoins sont nos petits rêves quotidiens. Ce sont des petites choses à faire qui nous projettent à demain, à après-demain, dans le futur; ces petits riens qu’on achètera la semaine prochaine et qui nous permettront de penser que la semaine prochaine , on sera encore vivants.

L’argent rattrape-t-il le temps que nous n’avons pas assez passé ensemble? Les vacances loin les uns des autres, les manques, les heures de solitude et de froid? Les peurs?
L’argent réduit-il les distances, rapproche-t-il les gens?

Je possédais ce que l’argent ne pouvait pas acheter mais juste détruire .
Le bonheur.
Mon bonheur, en tout cas. Le mien. Avec ses défauts. Ses banalités. Ses petitesses. Mais le mien.
Immense. Flamboyant. Unique. »

Si j’ai trouvé Jocelyne un peu trop simple parfois, et son mari trop caricatural à bien des égards, ce roman m’a happé et m’a intéressé pour son thème et la réflexion qu’il implique. La simple thèse que gagner au loto permettrait de satisfaire des envies temporaires, qui en appelleraient d’autres indéfiniment, rien que cette thèse est intéressante à développer à un moment où au cinéma on a tendance à ne glorifier que l’argent facile permettant de s’acheter des voitures, de belles maisons et des filles …

Un roman plaisant, mais pas un grand coup de cœur littéraire.