jivago

J’avais pourtant aimé Crime et châtiment et Anna Karénine il y a quelques années. J’ai dévoré Guerre et Paix cet été. J’ai abandonné Les Frères Karamazov en janvier. Et il faut bien le dire : j’ai souffert avec ce pavé du russe Boris Pasternak. Plus d’un mois pour le lire, des difficultés pour retenir les noms des personnages, et surtout un détachement total vis-à-vis du personnage principal.

Bref j’en viens à me demander si la littérature russe est réellement faite pour moi ... J’apprécie leurs parties romanesques le plus souvent, mais malheureusement ils ont la fâcheuse habitude de partir dans des digressions et des considérations politiques qui m’intéressent au départ, puis me laissent au bord du chemin ..

Il s’agit pourtant ici d’un classique, et j’en suis venue à bout, mais j’étais soulagée en le terminant …

En le publiant pour la première fois en russe en Italie en 1957 Pasternak produit son roman en pleine guerre froide. Il est traduit en français l’année suivante, au même moment où l’auteur recevait le prix Nobel de littérature, qu’il dut refuser sous la contrainte du pouvoir politique. En 1985, le roman est enfin autorisé à paraître en URSS, signe d’ouverture de Mikhaïl Gorbatchev. Voilà pour le contexte de publication …

Mais pourquoi ces interdictions et cette tension ? Parce qu’il brosse un tableau de la révolution russe de 1917, et en particulier de la terrible guerre civile qui a suivi entre ceux qui suivent les communistes et ceux qui résistent. Au-delà des idéologies, Pasternak s’attache à décrire les souffrances des populations, en particulier en Sibérie dans les années 20, en suivant quelques familles au fil de leurs rencontres avec les héros principaux.

Ces derniers sont le docteur Jivago, enrôlé malgré lui comme médecin sur le front, et la belle Antipova, séparée de son mari et qui retrouve l’amour avec Jivago. « Ma charmante, mon inoubliable ! Tant que le creux de mes bras se souviendront de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule et sur mes lèvres, je serai avec toi. Je mettrai toutes mes larmes dans quelque chose qui soit digne de toi, et qui reste. J’inscrirai ton souvenir dans des images tendres, tristes à vous fendre le cœur. Je resterai ici jusqu’à ce que ce soit fait. Et ensuite je partirai moi aussi. »

Ce roman est donc à la fois un roman historique, un roman de guerre, un roman d’amour, et un récit de vie puisque nous suivons Jivago de son enfance à sa mort dans cette Russie en bouleversement total, au dénuement horrible où la survie est une lutte de tous les jours : « Les lois humaines de la civilisation étaient abolies; les lois en vigueur étaient celles du monde des bêtes fauves. » Le rôle de la famille, le sens de l’honneur et du courage sont très présents, au milieu de discussions politiques qui questionnent l’action des communistes (d’où l’interdiction de publication …) : « Des griffes de l’ancien État renversé, il est tombé dans l’étau encore plus étroit du super-État révolutionnaire. »

Ce qui m’a empêché finalement d’apprécier complètement ce texte ce sont les sauts dans le temps qui sont constamment faits, ponctués par des chapitres très courts, et m’ont gêné dans ma lecture linéaire. De plus, je n’ai pas trouvé le niveau de langue extraordinaire, mais bien sûr c’est peut-être dû à la traduction que j’ai lu. Il me semble que c’était un roman que j’aurais dû lire en une seule fois, pour m’y immerger plus complètement et m’imprégner des problèmes et tensions contenues entre les personnages. A raison de quelques dizaines de pages par jour, je ne suis pas parvenue à m’y intéresser …

Mon prochain roman russe, je le lirai donc pendant des vacances ! 🙂

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