étoile rostain

Lorsque l’on propose au metteur en scène Michel Rostain – ici le narrateur – d’organiser en 2002 un spectacle avec la grande accordéoniste Odette, le premier réflexe de celui-ci est de refuser : comment passer de Bach au musette ? Comment passer du rock de sa jeunesse à une valse ?

« Pas de valse donc, ni d’Odette, ni d’accordéon dans son capital génétique. Le metteur étant de la génération d’après, il s’est construit autrement – pétards, manifs, rock, pop et cheveux longs. »

Et pourtant, il suffit d’une rencontre inattendue entre ces deux personnages pour que le courant passe, en tout cas du point de vue du metteur en scène, qui raconte cette période clé de sa vie. Une rencontre qui est à l’origine de ce roman.

La voix d’Odette, on ne l’entend pas, on ne la voit que par les yeux de ceux qui l’entourent. Or Odette se voit toujours comme la grande star qu’elle a été, des années auparavant – connue et reconnue partout où elle passe. Pour elle, elle est toujours l’étoile. Mais aujourd’hui elle a 80 ans et quand elle joue, elle oublie des notes, elle se fatigue vite. Pour les autres, elle est la vieille.

Tout le roman va se construire sur cette dichotomie, avec des moments de doute de chaque côté : des moments de grâce pour les auditeurs, quand Odette est de nouveau la grande Odette  – et le spectacle peut se faire ; des moments de dépression intense quand Odette prend conscience qu’elle n’y arrivera pas. Et entre ces hauts et ces bas, une histoire se déroule, celle de la relation entre musique classique et musique populaire, celle de la relation entre le metteur en scène et l’ancienne star, et celle du dernier spectacle – avorté – de la grand Yvette Horner. Finalement ce spectacle importe peu, seul compte l’arrêt sur image de cette grande star. Une star qui parle d’elle-même à la troisième personne, qui n’écoute pas les autres, raconte sa vie d’une manière brillante, bref une étoile qui devient vieille …

Mais Michel Rostain nous fait surtout passer l’histoire d’une passion, celle d’une grande dame pour un instrument associé aux bals populaires et à la valse musette. « Si je ne fais plus de musique, je meurs » lui déclare Odette. Ou comment voir autrement l’accordéon …

J’avoue que j’ai entamé ce roman d’une manière dubitative. La quatrième de couverture ne m’avait pas préparée à ça, mais dès les premières pages, dès que j’ai rencontré Odette, j’ai été subjuguée. Ce n’est pas le roman du siècle, mais ici le support importe peu, ce qui importe c’est l’histoire qui est racontée – et elle l’est fort bien. Je regrette simplement le passage en trop, dès le deuxième chapitre, où il est dit que c’est une histoire vraie, et où les noms sont dévoilés. Cela aurait pu venir en épilogue plutôt que comme un cheveu sur la soupe.

Malgré ce détail, un bon moment de lecture, et une rencontre unique avec cette star que je connaissais pas et dont j’apprends aujourd’hui l’instrument. Sur ce, je vous laisse terminer votre lecture en musique … et rencontrer Odette à votre tour …

https://www.youtube.com/watch?v=70komeBheZY

Après avoir remporté la Coupe du monde de l’accordéon en 1948, Yvette Horner obtient le Grand Prix du disque de l’Académie Charles-Cros en 1950. Elle établit sa popularité en accompagnant la caravane du Tour de France à onze reprises. Durant sa carrière, longue de 70 ans, Yvette Horner donne plus de 2 000 concerts et réalise 150 disques, dont les ventes cumulées s’élèvent à 30 millions d’exemplaires. Elle a aujourd’hui 90 ans.

Merci à Babelio et aux éditions Kero de m’avoir permis de découvrir ce roman.

Babelio ABC

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