cartographie nuages

Par un curieux hasard, j’ai reçu ce roman en cadeau à Noël et je ne me suis décidée à le lire que la semaine dernière. Le hasard c’est que justement son adaptation sortait cette semaine au cinéma. J’espère pouvoir la voir prochainement …

Il faut dire que ce n’est pas un roman facile que nous a écrit David Mitchell, écrivain britannique qui a reçu de nombreux prix ces dernières années, et dont Cartographie des nuages est considéré comme son chef d’oeuvre. Tout semble pourtant simple, ce n’est pas l’écriture ni même la narration qui pose problème, même si elle est très originale.Nous sommes en 1850, Adam Ewing, notaire aventurier, découvre les aborigènes. Nous sommes en 1931, Robert Frobisher, jeune musicien talentueux, se met au service d’un compositeur de génie et crée une étrange musique. Nous sommes en 1975 et la journaliste Luisa Rey tente de déjouer un complot nucléaire. Nous sommes au début du XXe siècle et un éditeur se fait enfermer dans une maison de retraite par sa propre famille. Nous sommes au XXIIe siècle et un clone est condamné à mort pour rébellion. Nous sommes au XXIIIe siècle et un jeune garçon fuit son île qui a été détruite par une tribu rivale.

Entre eux tous, deux points communs : une étrange tache de naissance; et une étrange propension à se rebeller et à savoir ce qu’ils veulent …

Inutile de vous en dire plus pour vous faire comprendre que David Mitchell est un écrivain ambitieux : ce qu’il semble vouloir écrire c’est un texte d’une profondeur abyssale qui parle de lui-même. A part la dernière page, rien n’est expliqué au lecteur, c’est ce dernier qui doit tirer une « morale », une réflexion par lui-même à partir de ce balayage de tant d’époques, de tant de lieux différents où pourtant, les hommes agissent de la même façon.

Et si l’on est décontenancé par la première partie, on l’est encore plus lorsque la seconde est abordée parce que Mitchell a pris le risque de perdre le lecteur, de le faire refermer le livre avant la fin. Et pourtant, lorsqu’on est un lecteur qui s’accroche comme moi, on finit par être satisfait. Je ne savais que penser de ce texte en le refermant, et je suis restée un long moment sans savoir quoi écrire. Mais petit à petit l’idée se renforçait en moi que Mitchell avait écrit un chef d’oeuvre, du point de vue du style (remarquable), de la construction de l’idée sous-jacente qui tient l’œuvre entière …

« Entre toutes les races du monde, la nôtre est douée d’un amour – ou plutôt d’une rapacité – nous poussant vers les trésors, l’or, les épices et la domination – ô douce domination ! – et pourvue d’une vivacité, d’une insatiabilité et d’une indélicatesse infinies ! C’est cette rapacité qui engendre le progrès ; à des fins infernales ou divines, je ne saurais dire. »

6 époques différentes, 6 styles différents, 6 modes de narration différents. Et une note d’espoir à la toute fin, qui termine magnifiquement ce roman … Une goutte + une goutte + une goutte + une goutte + une goutte + une goutte peuvent-ils changer la marche du monde ? Bien sûr. « Car qu’est-ce qu’un océan, sinon une multitude de gouttes ? »