Thérèse Desqueyroux

Ayant vu la version cinématographique de Claude Miller il y a quelques mois, il était bien temps de découvrir l’œuvre originale de François Mauriac, publié dans les années 20. Malheureusement le problème est que j’ai été influencée par le jeu des acteurs incarnant les personnages, en particulier Audrey Tautou en Thérèse Desqueyroux. J’avoue qu’après avoir vu le film, je trouve que le choix de ce personnage essentiel fut particulièrement bien fait, Audrey Tautou incarnant bien toute la fragilité, les démons intérieurs de Thérèse.

Mais qui est donc cette Thérèse qui a donné son nom au roman ? Projetons dans le Bordelais au début du XXe siècle. Nous voilà dans le fief des Desqueyroux. La libre Thérèse a épousé l’ennuyeux Bernard Desqueyroux, voisin de l’immense domaine familial. Deux familles de la bourgeoisie bordelaise, destinées à s’unir pour agrandir leurs domaines : « Tout le pays les mariait parce que leurs propriétés semblaient faites pour se confondre. »

Malheureusement pour le pauvre Bernard, Thérèse est une femme résolument moderne, née trop précocement alors que la société qui l’entourait n’était pas prête à accorder la liberté à laquelle elle aspire. C’est une femme d’une dureté terrible à l’extérieur, mais d’une fragilité intérieure extrême. C’est une femme qui sait ce qu’elle veut – garder ses pins, vivre sa vie – et ce qu’elle ne veut pas – être assujettie à un mari, et pire, à la famille de son mari : « Le lycée, au-delà de mon temps d’épouse et de mère, m’apparaît comme un paradis. Alors je n’en avais pas conscience. Comment aurais-je pu savoir que dans ces années d’avant la vie, je vivais ma vraie vie ? »

Femme lettrée, sans cesse plongée dans ses livres, elle s’opposera à cette même famille et à ce mari ne peuvent – et ne veulent pas la comprendre. Nouvelle Madame Bovary, elle souffre du gouffre entre réalité et littérature : « Elle exécrait dans les romans la peinture d’êtres extraordinaires et tels qu’on n’en rencontre jamais dans la vie. » Elle doit donc se cacher derrière un masque de froideur, de mensonges, y compris envers sa belle-sœur qui est celle dont elle est la plus proche, et en même temps la plus éloignée. Lumière et obscurité. Pusillanimité et réflexion. Voilà le vrai drame de Thérèse : être étrangère auprès même de ceux qui lui sont chers. Et qui la jugent, par exemple sur ses sentiments maternels : « Une mère qui ne s’intéresse pas à son enfant, vous pouvez inventer toutes les excuses que vous voudrez, je trouve ça ignoble. »

Petit à petit elle va donc gagner sa liberté, fut-ce au prix d’un geste terrible envers son mari. La chute sera fatale.

Mauriac s’inspira pour l’histoire de Thérèse Desqueyroux de celle d’Henriette Canaby qui fut accusée en 1905 d’avoir voulu empoisonner son mari Émile Canaby, courtier en vins bordelais alors endetté. Mauriac assista à son procès en Cour d’assises au cours duquel elle fut condamnée pour faux et usage de faux (fausses ordonnances). L’accusation de tentative d’empoisonnement fut rejetée, son mari témoignant en sa faveur pour sauver les apparences.

Mais Mauriac en a fait plus qu’un fait divers, mettant en scène une femme extraordinaire, représentant le désir de liberté féminine de l’époque, mais un désir de liberté poussé jusqu’à son extrême.

Un roman qui m’a intéressé, avec sa figure de femme forte, mais sans être une lecture exceptionnelle …