fleutiaux

Le « je » de ce court roman est une bonne mère de famille, enseignante de français à l’étranger, expatriée donc dans une ville qui n’est pas nommée mais qui semble être New-York. La première partie du récit vise à nous introduire cette famille, du point de vue de la femme, normale et équilibrée, quoique très centrée sur l’éducation des enfants.

Jusqu’ici tout va bien … Mais un jour, elle rencontre un peintre étrange qui l’introduit dans son atelier. Il vient de terminer une toile et lui montre. Cet acte anodin va changer la vie de toute une famille. Car la femme va être saisie d’une étrange obsession envers ce tableau, qui semble être un amas de couleurs, type peinture abstraite. « Je fus saisie. Une vague d’émotions déferla sur moi. »

Alors qu’elle affirmait n’avoir aucun intérêt envers la possession de biens matériels – la famille lui suffisant -, posséder le tableau va devenir une obsession qui va opérer un renversement à la fois dans son mode de vie, ses valeurs, et ses centres d’intérêt. « La toile m’avait emprisonnée. […] Elle m’étouffait, elle était gigantesque, j’étais noyée dans ses couleurs, prise jusqu’au cou. »

La peinture lui apporte l’instabilité, le mouvement qui lui manquait pour vivre pleinement.

A partir de là, s’ensuit une longue descente aux enfers, d’autant plus terrible qu’elle est au départ volontaire. Et la frontière entre raison et folie devient de plus en plus floue. « Je me dis : « Voilà la folie ! » Mais je n’avais aucune peur. J’avais cru à un état vraiment autre, dans lequel seul un cataclysme pourrait me faire verser. […] Tout comme mon ancienne vie, tout comme mon état présent, la folie était un état contigu à moi, facilement interchangeable, égal en tous points aux autres. »

En se recentrant sur elle-même, la femme va opérer une succession de reconstructions, en passant par des destructions, et comme en écho à la peinture abstraite qui est la cause de tout ça.

Ce roman a été lu dans le cadre du livre mensuel du Club des Lectrices. Nous avions pour consigne de lire un texte romanesque traitant de l’art. Après discussions, notre choix s’était porté sur deux courts textes : La Dormeuse de Naples, d’Adrien Goetz, précédemment chroniqué, et qui ne fut pas un coup de cœur; et Histoire du Tableau. Deux angles totalement différents pour aborder la peinture. Et les avis furent également très divisés. Globalement j’ai été l’une des seules à apprécier le texte de Fleutiaux.

En effet, là où mes co-lectrices trouvaient de l’ennui voire de l’énervement vis-à-vis de cette femme étrange, j’ai de mon côté passer un bon moment, avec un texte exigeant, un beau style (l’avis fut unanime sur ce point) et surtout une histoire qui ouvrait à un certain nombre de réflexions.

Ce que j’ai pu apprécier, c’est l’importance donnée au visuel, et aux couleurs en particulier, qui partent du tableau pour s’appliquer ensuite à toutes les choses de la vie quotidienne. La narratrice en devient rapidement comme obsédée, et en le lisant, je me suis surprise en train d’offrir davantage d’attention aux couleurs qui nous entourent, du bleu du ciel au gris des bâtiments.

En bref, ce fut une lecture non pas agréable ni désagréable mais originale, intéressante. Qui m’a cependant laissé un peu sur ma faim avec un point final en forme de point d’interrogation. Mais après, quoi de mieux qu’un livre qui ne clôt pas mais ouvre une infinité de réflexion ?