journal

Le 12 juin 1942, une jeune fille allemande du nom d’Anne Frank est heureuse de commencer la rédcation d’un journal intime, sur le beau cahier qu’elle a reçu pour son treizième anniversaire. La famille Frank (le père, la mère et les deux filles) a déjà fui l’Allemagne pour rejoindre les Pays-Bas. Le 9 juillet, les menaces nazies se précisent et elle doit se cacher. Elle investit alors une Annexe de l’entrepôt du père d’Anne. Quelques temps après, vont la rejoindre la famille Van Daan (père, mère et fils) puis un dentiste juif (qu’Anne détestera). Aussitôt surnommé l’Annexe et doté de règles, c’est dans ce lieu que vont évoluer 8 personnes pendant deux ans, jusqu’à leur arrestation le 4 août 1944, vraisemblablement à la suite d’une dénonciation. La dernière lettre d’Anne Frank (elle s’adressait à son journal en l’appelant Kitty) date du 1er août 1944.Une chose importante à savoir : en 1944, Anne entend à la radio que les témoignages seront importants après guerre, en particulier les journaux intimes. A partir de là, la jeune fille rédige une seconde version de son journal, plus étoffée. Cette version a été publiée en 1947 par Otto Frank, le père d’Anne, et seul rescapé de l’Annexe, non sans avoir subi une certaine censure, sur des sujets comme la sexualité ou la mère d’Anne, que celle-ci critique beaucoup. Le Journal a ensuite connu beaucoup d’évolutions, jusqu’à la publication d’une sorte de vulgate, mélange des deux versions d’Anne, avec les passages supprimés. Nous avons donc accès à un livre « terminé », mais il faut garder conscience que ce n’est pas la forme sous laquelle Anne l’avait rédigé. Cependant, elle souhaitait le publier dès le début puisqu’elle voulait devenir écrivain, donc son voeu a été exaucé, après quelques améliorations (pour preuve : « PS : le lecteur voudra bien tenir compte du fait que, lorsque cette histoire a été écrite, la colère de l’auteur n’était pas encore retombée ! »..). Des doutes sur l’authenticité du Journal ont bien sûr été énoncés. Mais à la mort d’Otto Frank, tous les originaux ont été donnés à la Fondation chargée de gérer l’héritage d’Anne Frank et des expertises ont été effectués. Tous les textes publiés sont bien de la main d’Anne Frank.

Venons en au texte lui-même. Lorsque l’on fait connaissance avec Anne, c’est une jeune adolescente qui aime sortir avec ses amies, s’inquiète de ses bonnes notes à l’école et commence à regarder les garçons. Au fil des années passées dans le confinement de leur prison, on la voit évoluer physiquement et intellectuellement. En particulier parce que son style devient plus assuré, plus mature.

Autant l’avouer de suite : cette lecture fut un véritable coup de cœur, et une révélation. Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu beaucoup d’extraits du Journal, contrairement à ce que d’autres personnes m’ont dit quand je leur ai parlé de ma lecture actuelle; ce fut donc une vraie découverte. Et ce que je crois avoir trouvé, c’est un véritable écrivain, avec un style bien à elle. Et puis surtout une manière unique de transmettre ses émotions, ses sentiments, utilisant sa maturité et son sens critique pour se juger elle-même, et analyser son évolution. Car au fil du texte nous la voyons devenir adulte, nous la voyons se rebeller contre des parents soit absents quand elle en a besoin, soit trop présents quand elle a envie d’être seule. « J’ai mes idéaux, mes idées et mes projets, mais je n’arrive pas encore à les exprimer clairement. »

Il est vrai qu’il n’est déjà pas facile de vivre cette période adolescente, alors imaginez la vivre dans une pièce confinée pendant plusieurs années, avec des vêtements qui deviennent vite trop petits, et des sentiments trop grands pour pouvoir les exprimer. Je me suis sentie proche de cette jeune fille mal dans sa peau, qui analyse les défauts des adultes et essaye de se fixer une ligne de conduite pour ne pas leur ressembler, et puis finit par retomber dans les mêmes défauts !

Au-delà de cette analyse personnelle, les habitants de l’Annexe ne sont pas trop coupés du monde, et Anne nous renseigne de l’avancée des différentes armées, des mesures prises contre les Juifs. Certaines de ses réflexions sur les religions, la guerre ou d’autres sujets sensibles sont particulièrement intéressantes. Et je n’ai pu m’empêcher de rire à certaines de ses déclarations enflammées. « Un peuple reluisant, ces Allemands, et dire que j’en fais partie ! ». Elle passe de la colère à une résignation qui fait mal au cœur : « J’en suis arrivée au point où cela m’est à peu près égal de mourir ou de rester en vie. Le monde continuera de tourner sans moi et, de toute façon, je ne peux rien contre les événements actuels. » Mais l’espoir revient toujours.

A travers ses lettres, Anne Frank nous transmet une philosophie en construction, qui est applicable aujourd’hui encore, car humainement valable. Un grand texte, qui nous fait regretter de ne pas avoir connu Anne Frank adulte, et écrivain mature. S’il faut lire un texte sur la Seconde guerre mondiale, c’est celui-ci.