bagdad

Pour mon premier roman irakien, Si je t’oublie Bagdad fut une bonne lecture. Pourquoi celui-ci en particulier ? J’ai rencontré l’auteur il y a quelques années au Festival du Livre de Mouans-Sartoux (dans le Sud-Est) qui attire quelques grands auteurs chaque année. Du haut de mes 18 ans, j’étais tombée sous le charme de cette Irakienne passionnée, écrivain et journaliste qui vit en France depuis 1979. Je m’étais donc dit que j’attendrai la sortie poche de son roman. Et puis, comme il arrive souvent, j’ai oublié. Le mois dernier, je suis tombée dessus par hasard à la bibliothèque et je n’ai pas hésité !

La narratrice, Zeina, est d’origine irakienne mais sa famille a émigré aux Etats-Unis depuis une quinzaine d’années. Elle et son frère sont devenus Américains. Et puis la guerre en Irak éclate, et Zeina décide de s’engager comme interprète pour faciliter la communication entre son peuple d’origine et son peuple d’adoption. Mais il n’est pas si facile de revenir dans un pays où elle retrouve sa grand-mère qui ne comprend pas sa décision de se battre contre son propre peuple et tente de la marier avec un combattant extrémiste.
Zeina découvre aussi la guerre, et la vie dans un pays détruit.
Ce roman, plus qu’un texte historique sur la guerre irakienne, est un texte sur la quête d’identité des émigrés du monde entier. Zeina est placée face à une situation impossible, la plaçant entre les Américains qui la considèrent comme appartenant à leur peuple et les Irakiens qui ne voient que leur uniforme d’occupants.

« Etais-je une hypocrite, une Américaine à double visage ? Ou bien une Irakienne temporairement en sommeil, comme ces espions dormants qu’on infiltre des années à l’avance en territoire ennemi ? »

J’ai été très sensible à la manière dont Inaam Kachachi parle de son pays, qu’elle a pourtant quitté il y a longtemps. Elle a rendu cette guerre plus réelle pour moi, l’ancrant dans une réalité quotidienne que les médias ne rendent pas toujours, et moi qui n’avais alors que 15 ans, je n’allais pas chercher plus loin …

« La télévision ne cessait de jouer avec nos émotions. L’écran nous envoyait des décharges d’adrénaline en retransmettant le bruit des canons qui tonnaient, des bombes qui explosaient, des hommes qui couraient pour échapper à la mort, et les images d’embrasement, de fumée et de jeunes gens terrorisés qui, le visage blême, esquissaient malgré tout le signe de la victoire à l’intention des photographes. »

Ce fut donc un choc d’entrer dans le quotidien à la fois des soldats américains, qui pensent agir pour la bonne cause, mais également de celui des Irakiens qui ne les voient plus comme des libérateurs mais comme des occupants. « La vérité c’est que les Irakiens considèrent mes camarades comme des occupants, des soldats qui accomplissent leur service militaire et exécutent les ordres – bref qui ne sont pour rien dans la décision de lancer cette guerre. […] Tandis que moi, ils me considèrent comme une collabo. »

Plus intéressant encore, la narratrice subit un dédoublement de personnalité : d’un côté la soldate qui défend son pays; de l’autre la romancière qui capte chaque image, chaque souvenir de sa grand-mère pour un potentiel roman quand elle rentrera aux États-Unis … « J’essaye d’échapper à cette sangsue de romancière, mais elle ne me lâche pas, son ombre derrière moi recouvre la mienne au point que je n’arrive plus à faire la part entre elle et moi. Même Rama (la grand-mère) la redoute quand elle lui arrache les mots de la bouche pour les coucher sur le papier. Or celui-ci ne saurait transmettre les cassures de la voix ni la chaleur des sentiments. Alors ma grand-mère cherche à établir un lien direct entre sa mémoire et ma conscience, afin de court-circuiter la romancière. » Des souvenirs que Zeina aime apprendre, même si elle sait que c’est une stratégie de sa grand-mère pour la ramener parmi les vrais Irakiens …

Il y a tellement de choses dans ce roman que j’en oublie sûrement … Ce n’est pas un grand texte littéraire mais il rend très bien le conflit double identité de Zeina et la crise d’un pays en guerre …

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