purgatoire

Publié par l’Arbre Vengeur, avec des illustrations d’Olivier Bramanti.

C’est le premier roman que je lis de cette maison d’édition découverte au dernier Salon du Livre de Paris. Quand j’ai découvert leur stand, j’ai eu envie de tous les acheter tant les histoires étaient alléchantes et semblaient de qualité. J’ai finalement jeté mon dévolu sur Jacques Spitz, considéré comme un des grands romanciers d’anticipation.

L’œil du purgatoire est un OLNI (Objet Littéraire non Identifié). Le narrateur, un jeune peintre parisien, va être contaminé par un étrange bacille qui lui permet de voir ce que sera tout organisme vivant dans 5 minutes, 3h, 1 mois, 10 ans, 100 ans bientôt. « Je vois les choses à l’endroit où elles sont, mais dans l’état où elles seront plus tard. Je ne vois plus les nuages, parce qu’ils sont déjà résolus en pluie. » C’est l’expérience concrète de la causalité.

« Qu’est-ce donc qu’être artiste, poète, sinon échapper à l’aspect journalier du monde pour s’efforcer de prendre d’autres incidences sur la réalité ? A leur manière, les gens de votre espèce tentent un voyage dans la causalité. Ils veulent s’évader de la prison du monde familier, mais leurs forces les trahissent, ils y retombent. »

Avec ce voile qui lui permet de voir le futur, mais lui interdit bientôt de vivre le présent, Poldonski va être témoin de la transformation de Paris en un immense cimetière.« Ce n’est pas Rome que je réduis en cendres, c’est l’univers entier. Et il meurt sans grandeur. »

Expérience extraordinaire, surréaliste, je n’ai jamais lu un roman comme celui-ci.

Sans être un coup de cœur – trop bizarre pour ça – il vaut le détour, et même plus car il nous fait réfléchir sur ce qui est le fondement même de toute chose vivante, que ce soit une plante ou un homme : sa date de péremption ! Le narrateur prend conscience de la vanité des choses, comme les vêtements ou la nourriture, et du risque de trop s’y attacher alors qu’ils sont condamnés à disparaître dans un très court terme.

Plus que le romanesque, j’y ai apprécié la forme de ce texte, d’une force esthétique rare, impression renforcée par la poésie qui émaille le style de l’auteur.

En bref, une lecture dont on ne sort pas indemne, et qui incite à renouveler notre perception du monde, à travers un voyage dans le temps qui s’écoule. Un monde qui ne semble pouvoir nous offrir que décomposition et évanescence, comme le montrent bien les illustrations qui accompagnent le texte, signées Olivier Bramanti.

Un auteur méconnu à redécouvrir, père de la science-fiction surréaliste, lignée dans laquelle pourrait s’inscrire Alain Damasio avec sa Horde du Contrevent.