clandestins

Treize personnes se noient en traversant le détroit de Gibraltar pour rejoindre l’Europe. C’est Omar qui les trouve tous, rejetés par la mer sur la plage, comme une ultime riposte du vieux continent contre l’invasion. Petit à petit, les gens du village se rassemblent et les souvenirs émergent. Chaque noyé est nommé, invoqué, son histoire est retracée, ses actes jusqu’au point final. Chaque parent pleure son mort. Mais le silence leur répond.

« C’est l’histoire de douze hommes et une femme. La femme est enceinte : douze plus un quatorze. Quatorze personnages qui traversent le grand bleu dans le noir. Quinze avec le petit bateau en bois. Seize, avec la Lune qui les observe de son œil mort. Dix-sept avec la mer dans tous ses états. Dix-huit avec le panier à fruits. Dix-neuf même, en comptant le ver qui embarque à bord d’une pomme. »

Petit texte reçu il y a quelques temps à la suite d’un concours par Cathy de Tu lis quoi, j’ai mis du temps avant de le sortir de mes étagères, et j’avoue que je ne le regrette pas. Sans être inoubliable, le récit est un très bel hommage à ces milliers de clandestins qui tentent de fuir leur pays pour un avenir meilleur. Des hommes, des femmes, des enfants qui tentent un dernier geste pour sortir de la misère. Et pour beaucoup, ce dernier geste ne sera que celui qui les mènera à la mort.

« L’une des caractéristiques de l’homme est d’oublier qu’il est mortel. L’une des caractéristiques de la mort est de le lui rappeler. »

Déroutant par son mode de narration, ce roman polyphonique fait résonner des voix très différentes, de la prostituée enceinte au pauvre paysan. Il offre une voix à tous, non sans humour parfois. Dans tous les cas, ça ne fait pas de mal de prendre conscience de leur point de vue à eux, qui partent, et pas seulement du nôtre, qui les voyons arriver …

« Tous ont le regard fixé sur l’Europe, à quelques vingt kilomètres seulement, là-bas, par-delà le brouillard, et, dans leurs yeux humides, l’image de cette contrée où l’on trouve encore du travail, où les chemins sont pavés d’or et où fleurit l’arbre de la liberté. »

Des mots qui nous font voir notre pays autrement …