châle

En 1940, une jeune fille se marie avec un missionnaire. Ils vont passer plus de 15 ans dans l’Inde profonde, près de la Vallée de Cachemire.

60 ans plus tard, sa petite fille découvre un merveilleux châle en cachemire dans les affaires de sa grand-mère, et s’interroge sur le mystère qui peut entourer ce coûteux objet. Cherchant sa voie dans la vie, elle va se lancer dans un passionnant voyage en Inde, et découvrir un pays fascinant et étrange. Une découverte qui fait écho à celle de sa grand-mère, dans une région qui a finalement peu changé …

« L’Inde en elle-même l’avait interloquée. Avant d’arriver, elle n’avait qu’une vague idée de ce qui l’attendait et avait donc été choquée par l’immensité du pays, la chaleur brutale des plaines, si féroce qu’elle lui écorchait la peau et décolorait le ciel, le fourmillement des habitants, la violence des torrents de pluie de la mousson, les couleurs criardes, la puanteur de l’ensemble, les mouches, les corps estropiés et la pauvreté crue auxquels elle était chaque jour confrontée »

Emporté en coup de vent pour mes vacances, je n’ai pas été déçue par ce gros roman qui m’a occupée plusieurs soirées. J’ai de suite été emportée par l’écriture de Rosie Thomas, et j’ai eu l’impression, le temps de quelques jours, d’avoir même-même visité l’Inde. Je sentais les épices, entendais les cris des marchands, et voyais les couleurs chatoyantes que les guides de voyage nous vantent aujourd’hui.

Mais Rosie Thomas ne fait pas l’erreur de nous leurrer sur la réalité de cette contrée : on y voit la misère également, les ravages de l’industrialisation – en particulier ses effets sur la production des châles en cachemire. Le double récit – assez fréquent dans la littérature contemporaine – donne ici une profondeur au texte, en éclairant l’évolution de l’Inde sur 60 ans, effleurant les problèmes politiques et la situation au Cachemire.

« Un malheureux garçon a été poignardé. […] Agressé dans le noir par de jeunes hindous se vengeant d’une précédente attaque de musulmans : le dernier épisode de la haine religieuse qui gonflait sous la peau soyeuse du Cachemire. Il y a des émeutes »

J’ai également eu le plaisir de découvrir le circuit de la production de tissus en cachemire : du prélèvement de la toison pure des chèvres dans laVallée profonde au tissage par les artisans, pour des ouvrages qui pouvaient leur demander des années. Malheureusement aujourd’hui les touristes n’ont plus les moyens de se les offrir et préfèrent des imitations industrielles bien moins chères, ce qui a entrainé la disparition des tisseurs traditionnels.

Enfin c’est également un texte d’une grande beauté sur la recherche de ses origines et des secrets familiaux. La quête d’une jeune femme qui va, en se penchant sur son passé, se créer son futur.

« J’avais besoin d’une quête. Tous les panneaux évidents de ma vie indiquaient des routes menant à des endroits où je n’avais pas particulièrement envie de me rendre, j’ai donc choisi un sentier. « 

Sans être un texte trépidant d’action, c’est un beau moment d’évasion, avec une touche romanesque et une fin finalement pas si happy end que ça …