pot bouille

Pot-Bouille. Un mot qui ressemble à un crachat, à une insulte.

Dans ce tome des Rougon-Macquart, qui occupe une position centrale puisqu’il est le dixième, nous découvrons un personnage déjà évoqué dans plusieurs volumes précédents : Octave Mouret, second fils du Mouret de La Conquête de Plassans, et frère du Serge de La Faute de l’Abbé Mouret. Mais autant ce dernier était passionné – même torturé -, autant Octave va se révéler être un jeune homme léger – avec les femmes – et peu intéressant. Ainsi, après s’être fait remballé dans ses ardeurs animales, déclare t-il : « Il se dit que celle-là non plus n’avait pas l’air d’aimer ça. Alors que demandait-elle ? Et pourquoi tombait-elle aux bras du monde ? Décidément les femmes étaient bien drôles » …

C’est donc cet énergumène que nous accompagnons dans sa découverte de la maison qui l’hébergea à son arrivée à Paris, rue de Choiseul, les beaux quartiers. Là, c’est l’occasion pour Zola de nous décrire, sur 400 pages, les faits et gestes de cette tranquille maison bourgeoise, mais tranquille en apparence seulement … Il voulait : « Montrer la bourgeoisie à nu, après avoir montré le peuple [dans l’Assommoir], et la montrer plus abominable, elle qui se dit l’ordre et l’honnêteté ».

En effet, des maîtres aux domestiques, les mêmes traits de caractère se retrouvent : bassesse, tromperie, ragots, secrets. « Si dans le peuple, le milieu et l’éducation jettent les filles à la prostitution, le milieu et l’éducation, dans la bourgeoisie, les jettent à l’adultère » écrit-il dans le Figaro en 1881.

Et il est vrai que la dépravation me semble plus profonde chez des gens pour qui un baiser non autorisé à une jeune fille était un symbole de honte et de décadence, alors qu’à l’arrière cour, ces mêmes bourgeois couchent avec les domestiques souillons.

Aucun personnage, à une faible exception près, n’échappe à l’œil aiguisé et tranchant de l’écrivain, qui se dépeint d’ailleurs lui-même en bourgeois habitant cette maison, et écrivant sur ses habitants … Une mise en abyme intéressante dans la mesure où elle place Zola au cœur de ces habitudes bourgeoises, comme s’il insistait sur le fait que même s’il critique, il fait partie de la même classe …

Ces mêmes bourgeois qui condamnent George Sand et tant d’autres alors que Zola lui-même s’en réclamait .. (égratignant Balzac au passage : « ça ressemble trop à la vie. »)

Ce n’est donc pas étonnant si, à sa parution, le roman a été vivement critiqué. Je retiens ce mot d’un critique de l’époque affirmant – en substance : « eh bien voilà, vous avez soutenu Monsieur Zola, vous êtes responsables de cette œuvre méprisable et mauvaise … ». Pour ma part, je comprends fort bien les réticences. Les personnages mis en scène dans ce roman s’adonne aux plus bas instincts de l’homme, sans distinction de sexe ou de condition : les coucheries s’accumulent, racontées dans les termes les plus vifs. Tout se mélange en une bouillie infâme qui m’a fait refermé le livre avec un sentiment de mal-être et l’idée que l’homme ne peut pas être mauvais à ce point, et entièrement …

Un Zola qui fut donc une petite déception car pour cette fois, je ne suis pas d’accord avec ses analyses …

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