Zweig

Stefan Zweig est un de mes auteurs fétiches depuis peu de temps, deux ou trois ans, après ma découverte grâce à une amie proche, Accalia. Elle m’a d’abord fait découvrir Le Joueur d’échecs, qui restera mon œuvre préférée, La Confusion des Sentiments arrivant en deuxième place. Petit à petit, je continue à peaufiner ma connaissance de cet auteur que l’on a remis au goût du jour au début du XXe siècle. Dans les grandes œuvres, il me reste à lire La Pitié dangereuse et Le Monde d’hier, très autobiographique.

Et puis j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur Zweig lui-même. J’ai lu Les derniers jours de Stefan Zweig, par Laurent Seksik, très intéressant, mais j’ai voulu aller un peu plus loin qu’une biographie romancée. Les textes publiés chez Gallimard biographie sont normalement assez bons (à part ma déception pour Oscar Wilde), et l’essai de Catherine Sauvat ne déroge pas à cette norme.

 

Extrêmement bien documentée, cette biographie est écrite sans lourdeurs ni circonvolutions : elle donne des faits, des dates, tout en s’autorisant des petits bonds dans le temps parfois. Les citations de romans et des lettres de Zweig (qui était un correspondant acharné) émaillent le texte et l’enrichissent.

« Stefan Zweig n’a jamais été complètement oublié. Lui, qui ne se sentait pas digne de ses modèles, ne s’était même pas autorisé à penser que ses livres traverseraient les époques et pourraient être encore appréciés par de nouvelles générations. De son vivant, il était déjà l’un des rares auteurs de langue allemande à être très connu et lu dans le monde entier. Ni classique ni moderne, il a établi sa renommée spectaculaire en dehors du monde littéraire qui n’a jamais trop su où le placer. »

Cette première phrase de l’avant-propos résume parfaitement le personnage : Stefan Zweig était caractérisé par un manque total de confiance en lui et en son talent, et par un pessimisme qui influença son œuvre et sa vie entière, jusqu’à l’acte final qui le débarrassa de la lourde tâche d’assister à l’effondrement du monde, en 1942. Torturé, angoissé, il faut dire qu’il n’a pas vécu la meilleure période de l’histoire de l’humanité : autrichien et juif, il a connu plusieurs vies, plusieurs peaux, mais il se définissait avant tout comme un voyageur cosmopolite, un véritable européen. A travers toutes les frontières, il a ainsi correspondu avec les grands de l’époque, Romain Rolland, Freud et tant d’autres. Mais aucun n’a su répondre à la question qui le tarauda toute sa vie : comment l’Europe en est arrivée là ? Comment une civilisation aussi brillante peut-elle s’autodétruire de cette manière ?

« Contre ma volonté, j’ai été le témoin de la plus effroyable défaite de la raison et du plus sauvage triomphe de la brutalité qu’atteste la chronique des temps ; jamais […] une génération n’est tombée comme la nôtre d’une telle élévation spirituelle dans une telle décadence morale » (Le Monde d’hier).

Son leitmotiv sera de montrer que seuls le savoir et l’éducation permettront de s’en sortir.

Si Catherine Sauvat le cerne bien en tant qu’écrivain, qui accumule succès sur succès, j’ai moins bien réussi à comprendre l’homme : éternel pessimiste et déprimé, même aux meilleurs moments de la vie, ses textes et ses lettres ne rendent pas bien compte de la force qui devait pourtant l’animer pour vivre et écrire autant …
« Le seul devoir qui nous incombe est donc de vivre dignement notre propre vie jusqu’au bout. » écrit-il.

Là où il est le plus facile à saisir est finalement dans ses amitiés : il était présent, attentif, et fidèle, même si certains amis ne lui ont pas été reconnaissants …

Son suicide à Pétropolis est donc celui d’un homme qui s’est constamment senti seul, dans un monde qui ne l’a pas compris, et des amis qui n’ont pas su le soutenir et l’ont accusé de se cacher. A la recherche d’un ailleurs, il fuit sans cesse et voyage dans le monde entier … jusqu’à la dernière destination où il sera trop las pour repartir, pour continuer.

« Aussi je juge préférable de mettre fin, à temps et la tête haute, à une vie pour laquelle le travail intellectuel a toujours représenté la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l’aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient, je les précède. »

Cette biographie m’a donc servi à mieux cerner ce personnage, mais il me reste tant à découvrir de lui, qu’elle m’a surtout donné encore plus envie de connaitre toutes ses œuvres. Et justement, Métaphore a lancé un Challenge Stefan Zweig qui va m’y encourager !

challenge-zweigLe challenge n’ayant pas de date limite, je m’inscris en catégorie Le voyage dans le passé et cette chronique en sera la première contribution ! (toutes les infos en cliquant sur l’image ci-dessus)