Pour cette rubrique mensuelle que vous connaissez bien désormais, le hasard a fait que j’ai regroupé trois romans du début du XXe siècle. Mais trois styles très différents, et trois écrivains de nationalités diverses.

Howards End de E. M. Forster (1910)

howards end

Ayant vu le film en 2012, j’ai toujours gardé en tête l’idée de lire le roman de Forster, et de découvrir cet auteur par la même occasion, qui connut le succès justement avec ce roman.

Le texte met en scène trois couches de la société anglaise de la fin du XIXe : les Wilcox, riches capitalistes; les Schlegel, qui font partie de la bourgeoisie intellectuelle et soutiennent des idéaux humanistes que les premiers ne peuvent comprendre ; et les Bast, la classe laborieuse qui meurt simplement de faim malgré tous leurs efforts. Tous ces personnages vont se croiser et se recroiser, s’influençant volontairement ou involontairement jusqu’à créer une situation où la communication devient impossible. Mais c’est sans compter l’évolution de la société elle-même, et en particulier des idées féministes, qui vont bouleverser tous les codes sociaux et aboutir à un dénouement tragique.

Dans tout ce fracas, la personnalité de Margaret Schlegel ressort, ce qui en fait le personnage principal, et celle qui tient une grande partie des ficelles : intelligente, intuitive, réfléchie, elle s’oppose à sa sœur Hélène, impulsive et souvent irresponsable. Deux femmes fortes qui vont, à leur manière, essayer de ne pas renier leurs idéaux.

Ce que j’ai finalement le plus apprécié dans ce roman, c’est la légèreté avec laquelle Forster traite ses personnages : il se moque d’eux, nous prévient que c’est la dernière fois qu’il ou elle fait ceci, et n’hésite pas d’ailleurs à donner son avis sur les questions qui les intéresse … En un sens, on sent que c’est un homme qui écrit, et pourtant il a une sensibilité intéressante pour analyser les relations homme-femme.

Mais à part cela, et quelques très bons passages, je ne me suis pas vraiment senti d’atome crochu avec ce texte. Je me suis ennuyée dans certains passages, et le fait de connaître déjà l’histoire m’a gâché une partie du plaisir.

Au-delà de ces points, l’adaptation de James Ivory est parfaite …

howards ivory

Du livre au film ...

 

 

 

 

 

***

Les New-Yorkaises d’Edith Wharton (1927)

new yorkaises

Choisi pour le Club des Lectrices de juin auquel je ne pourrai pas assister, j’ai lu assez rapidement ce court roman. Nous avions pour but de choisir un roman qui traiterait d’un pays ou d’une ville, et qui en donnerait une analyse historique ou sociale. Les textes d’Edith Wharton sont vite apparus comme pouvant remplir parfaitement cette tâche.

Et le grand auteur américain a d’un certain côté comblé mes attentes, sauf que Les New-Yorkaises soit un texte aussi fort qu’Ethan Frome ou que Le temps de l’innocence.

Dans le New-York des années folles, Pauline a secoué le joug en divorçant de son mari, il y a vingt ans. Elle vit désormais avec l’avocat Dexter et leur fille Nona. Elle fréquente régulièrement Arthur, son premier mari, et Jim, le fils qu’ils ont eu ensemble. Ce dernier a épousé une jeune fille pauvre dont on ne sait pas grand chose. Autour de ces quelques personnages, un drame va se cristalliser.

J’ai retrouvé avec plaisir la force du style d’Edith Wharton, son analyse des personnages (et de très beaux portraits de femmes) sa manière fine et puissante de décrire le moindre fait et geste de cette aristocratie oisive, qui va de gourous en fêtes de charité et de fêtes de charité en partie de chasse à la campagne : « cette activité artificielle, cette façon de tourner de plus en plus vite dans le vide, avec un besoin continuel de cures et de traitements pour se soulager de fatigues qui ne menaient à rien, à rien, à rien .. » Une vie new-yorkaise qui est opposée à celle simple et utile que l’on pourrait mener à la campagne. Et en effet, je me demande toujours comment ils pouvaient tous occuper leurs journées sans occupation professionnelle … Ici la réponse nous est donnée par le personnage de Pauline, pièce maîtresse du roman, qui le domine entièrement et qui pourtant va perdre la face et passer à côté d’un événement essentiel qui va modifier l’équilibre de la famille. Une femme qui peut agacer mais qui m’a également peiné par son envie de bien faire et l’affection qu’elle porte aux siens malgré sa superficialité.

Devoir vs fantaisie ; contraintes horaires vs liberté ; voilà la dichotomie sur laquelle se fonde tout le roman, représenté par Pauline d’un côté et sa belle-fille Lita de l’autre. Et cette opposition est magnifiquement bien rendue dans le texte. Malheureusement, il me semble que Wharton, si elle ciselait ses personnages à la perfection, a laissé de côté l’histoire, qui se termine en une apothéose absurde qui ne peut que laisser le lecteur sur sa faim. Pendant quelques minutes je me suis dit qu’il manquait la vraie fin, et puis non … Une belle expérience de lecture qui se finit en queue de poisson, voilà ce que je retiens de ce livre, qui est au final une déception.

***

Les Pardaillan de Zévaco (1907)

pardaillan

Enfin je termine ce rattrapage de chronique par une somme que je lis depuis plusieurs mois, et dont je viens seulement de finir le premier tome de l’œuvre intégrale : Les Pardaillan de Michel Zévaco. Les Pardaillan peuvent se rapporter à l’intégralité des 10 romans, répartis ici en trois tomes. Ce titre est aussi celui du premier tome de la série qui, avec le deuxième – L’épopée d’amour – constitue la première époque. C’est ce premier cycle que j’ai enfin terminé à la fin du mois de mai.

Moins connu que Dumas ou Sue, Zévaco est pourtant un maître incontesté du roman populaire français : rebondissements, aventures, intrigues, trahisons abondent dans le Paris des années 1570, un peu avant la Saint-Barthémemy. Les héros, fiers aventuriers beaux, grands et forts, se baladent dans cette époque troublée, aidant telle ou telle tête couronnée, et vivant des histoires d’amour intenses et souvent tragiques. Un récit qui tient en haleine, d’autant que Zévaco a l’art de terminer ses chapitres pour ne laisser aucun instant de répit pour le pauvre lecteur qui ne peut refermer le livre… Autant dire que je l’aurai fini il y a longtemps si je possédais un exemplaire de poche. Transports obligent, je ne le lis que le soir, et j’avance moins vite … En tous les cas, je me régale, et j’ai bien hâte de découvrir la suite, même si le deuxième tome m’a un peu déçu en évacuant les personnages du premier, d’une manière un peu trop brutale …

A suivre !