richard W

Vincent Borel est critique musical, et le premier romancier à avoir été publié chez Sabine Wespieser, notamment avec Baptiste, premier portrait musical consacré à Jean-Baptiste Lully et paru en 2002. Il récidive ici avec Richard W., biographie romancée (mais très documentée) de Wagner, grand compositeur allemand dont on fête cette année le bicentenaire de la naissance (1813-1883). L’occasion pour ce passionné de nous intéresser à cet homme et son œuvre grandiose.

Je ne connaissais rien de Richard Wagner avant la lecture de ce roman, mis à part le nom de ses opéras et son célèbre festival de Bayreuth. Désormais, je suis incollable ! Et de surcroît, j’ai passé un bon moment littéraire.
En effet, la forme du roman a permis à Vincent Borel de se détacher des structures classiques de la biographie : il fait allégrement des sauts dans le temps, nous projetant à différentes époques de la vie de Wagner, au gré des souvenirs de ce dernier. Il nous dévoile ainsi petit à petit ce que fut l’homme, petit, laid, insignifiant, et le génie … wagnérien !

Résumons. Nous sommes en 1864. Wagner est repoussé dans toutes les cours d’Europe, raillé à Paris, et catalogué comme un dangereux agitateur depuis de mystérieux événements à Dresde dont l’auteur ne nous dévoile rien tout d’abord (il s’est battu pour le Printemps des Peuples en 1849, aux côtés de Bakounine). Bref, notre « personnage » est désespéré devant l’ineptie de ses contemporains qui ne comprennent rien à son génie et à son œuvre avant-gardiste. A la différence de Litz, il refuse de jouer le jeu des grands de ce monde et de se soumettre. Il songe au suicide quand, d’une manière très romanesque, il est interpellé par un petit roi, Louis II de Bavière qui a été nourri par ses opéras précédents et ne vit que pour connaître l’oeuvre future de celui qui deviendra l’Ami et l’Aimé.

Malgré quelques hauts et quelques bas, dus en partie par ses goûts de luxe, c’est le début du succès pour Wagner avec, en 1866, Les Maîtres chanteurs. Et puis le tournant avec sa vision grandiose d’un festival dédié à sa musique, dans la petite ville de Bayreuth (qui a dû faire construire une gare pour l’ouverture de l’opéra en 1876 …) et où Wagner va prendre sa revanche sur les têtes couronnées et autres aristocrates qui l’ont piétiné pendant des années. Il ne connaîtra pourtant que deux festivals avant de mourir en 1883.

« Wagner est bien ce voyageur, à la fois Juif errant et fautif éternel en quête de rédemption. Pour lui, quel autre destin que de continuer à créer, donner vie à son œuvre, quelque part, sur une nouvelle scène ? C’est là toute sa vie. »

Côté vie privée, c’est aussi tumultueux ! Les privations des premières décennies ont eu raison de l’amour entre sa première femme, Minna, et lui. Il parvient finalement à épouser l’amour de sa vie, la femme de son chef d’orchestre préféré, Cosima, qui a toujours compris sa musique. C’est l’occasion pour Borel d’écrire quelques belles pages romantiques …
Il retrace également ses amitiés : avec Louis II, mais aussi avec Nietzsche dès 1869, qui lui voue une véritable vénération, avant leur rupture définitive peu après le lancement de Bayreuth.

Bref c’est un portrait complet de cet homme étrange, qui a toujours eu confiance en son génie et qui s’est battu pour chanter le peuple et ses mythes, en révolutionnant l’art de l’opéra, lui qui se voulait à la fois Shakespeare et Mozart.
« La musique, comme le désir, est un fleuve qu’aucun barrage ne contraint. Ainsi l’a t-il conçue : sans interruption, en un seul mouvement, sans airs ni césures. Un flot, un océan qui doit tout submerger. »

Mais on découvre aussi, dans un dernier chapitre que j’ai trouvé un peu moins bon, ce qu’est devenu son héritage : Cosima l’a défendu corps et biens, malgré les scandales (l’homosexualité de Siegfried, le fils de Richard) et les remous de l’histoire (le soutien sans faille de toute la famille au nazisme – en passant, Borel tord le cou à l’idée d’un Wagner antisémite : il l’a été parce qu’il considérait que les Juifs l’empêchaient de s’exprimer, comme Meyerbeer à Paris qui a contribué à son insuccès dans cette ville qui faisait la pluie et le beau temps dans l’Europe culturelle. Mais il l’a jugé lui même comme un dépit de jeunesse, et non comme un véritable antisémitisme.)

Il me reste donc à clore cet article et ce chapitre musical, en vous donnant quelques noms d’œuvres à écouter si vous voulez mieux connaître vous aussi Wagner :

  • Tristan und Isolde
  • Tannhäuser
  • Lohengrin
  • Les Maîtres chanteurs de Nürnberg
  • L’Anneau du Nibelung
  • Parsifal