brooklyn

Premier roman de Paul Auster que je lis depuis ma déception avec Le Voyage d’Anna Blum qui m’avait semblé étrange et obscur (à relire désormais !), qui s’est révélé très vite être un excellent livre, et m’a donné envie de lire toute la bibliographie de cet auteur découvert en France par Hubert Nyssen, jeune directeur des éditions provinciales Actes Sud ! Auteur mondialement connu et reconnu désormais, monstre sacré des lettres américaines contemporaines.

Nathan Glass est un simple commis d’une caisse d’assurance vie. Quand il prend sa retraite, se remettant à peine d’un cancer du poumon, il se considère comme un homme fini et n’aspire qu’à vivre paisiblement une fin de vie obscure. Pour cela, il décide d’abord de rompre avec ses habitudes et de s’installer dans le quartier de Brooklyn, New-York sans être New-York. Et il n’a pas la moindre idée de ce qui va l’attendre au détour d’une rue de ce quartier célèbre …

Et pour se donner un but, il se décide à inaugurer un Livre de la folie humaine, relatant tous les petits faits stupides de la vie.

« J’avais l’intention d’y noter dans un langage aussi simple et clair que possible toutes les gaffes, tous les lapsus, tous les embarras, toutes les stupidités, toutes les faiblesses et toutes les actions ineptes que j’avais commis durant ma carrière longue et accidentée. […] je rapporterais les folies de mes frères humains à travers les âges, des civilisations disparues d’autrefois aux premiers mois du XXIe siècle. »

Mais entre un neveu brillant chauffeur de taxi puis libraire, un homosexuel arnaqueur, une petite nièce muette qui lui tombe sur les bras, une JMS – Jeune Mère Splendide – mystérieuse, sa retraite ne va pas être de tout repos et il va se retracer face à de nouvelles folies, inattendues …

Et un groupe de gens qui vont chercher à tout prix leur Hôtel Existence, « un refuge intérieur. Là où on se retire lorsque le monde réel est devenu impossible.[…] Un hôtel, ça représentait la promesse d’un monde meilleur, un endroit qui était davantage qu’un simple endroit, c’était une occasion, une chance de vivre à l’intérieur de vos rêves. »

Ce roman est brillant. Avec un style inimitable, efficace et d’une rare qualité (et la traduction impeccable), Paul Auster nous propulse dans Brooklyn et nous fait vivre sur le même temps que ses personnages. On y trouve ainsi une peinture de traits de caractère très américains, mais son tableau des passions humaines est universel … Si on y rajoute une pincée d’humour, c’est un mélange détonant et étonnant qui m’a scotchée à mon siège, et à mon livre, pendant trois bonnes heures …

« Vous savez ce qui est arrivé la dernière fois qu’une nation a écouté un bush ?

Personne ne dit mot.

Son peuple a erré dans le désert pendant 40 ans. »

(relatif aux élections américaines de 2002)

Et puis un texte qui allie histoire, aventure, sans exclure réflexion et profondeur, sans préjugés, sans conception manichéenne. « Tout homme contient en lui plusieurs hommes, et pour la plupart, nous sautons de l’un à l’autre sans jamais savoir qui nous sommes. »

Et pour ne rien enlever, il y a quelques pages brillantes sur la littérature, en particulier un passage qui fait le lien entre tous les écrivains morts jeunes et établit des ponts improbables dans l’histoire de la littérature …
Voilà pourquoi je vous quitte sur une une petite citation sur la lecture, pour le plaisir …

« La lecture était ma liberté et mon réconfort, ma consolation, mon stimulant favori : lire pour le pur plaisir de lire, pour ce beau calme qui vous entoure quand vous entendez dans votre tête résonner les mots d’un auteur. »

Un auteur qui entre dès aujourd’hui dans mon panthéon littéraire.

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