HHhH

 

J’avais été intriguée par le titre de ce roman, dès sa sortie. Mais comme souvent, j’en avais tellement entendu parler que j’ai voulu attendre avant de le lire … Je l’avais donc emprunté, et il attendait patiemment sur une étagère … J’ai repoussé ce moment car j’ai lu beaucoup de romans sur la Seconde guerre mondiale, et je ne voulais pas en attaquer un énième. Et puis la semaine dernière, ma curiosité de lectrice m’a poussé vers ce texte, et j’ai été littéralement happée …

Tout d’abord j’ai enfin su ce que signifiait le titre ! Himmlers Hirn heißt Heydrich en allemand, littéralement « le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich », surnom donné par les SS au bras droit d’Himmler, la « bête blonde » qui « régna » sur le protectorat de la Bohême-Moravie (la Tchécoslovaquie occupée) et planifia la solution finale. Représentant type de la « race allemande », grand, blond, il est aussi le bon représentant du nazisme : froid, cruel, et terriblement efficace.

Dans ce roman, Laurent Binet est parti d’un fait historique que je ne connaissais pas : celui de l’attentat mené par deux parachutistes tchèques contre le boucher de Prague, en 1942. C’est l’opération « Anthropoid« . Évidemment, comme dans tout bon roman historique, la mise en contexte est longue et minutieuse. Mais HHhH ne raconte pas seulement une guerre connue de tous. C’est aussi le récit de la guerre entre fiction romanesque et vérité historique, une guerre que l’auteur se livre contre lui-même.

En effet, le texte alterne les récits historiques, les dialogues reconstitués, et l’histoire du roman lui-même : pourquoi Binet a choisi ce thème, comment il l’aborde, quelles sont ses sources, pourquoi une telle obsession, comment rendre telle scène crédible, comment éviter les pièges de la fiction, comment se servir de la fiction au nom de la vérité, etc. C’est en cela que ce roman est atypique, prenant et extrêmement original.

Si parfois j’ai pu être lassée par certains détails ou longueurs – j’ai fait le choix de ne pas sauter sur Internet pour connaître la « fin de l’histoire », en jouant le jeu -, au final c’est un excellent texte, qui va jusqu’au bout des choses, nous fait comprendre tous les mécanismes, tout en introduisant ce qui manque parfois à l’Histoire : des sentiments humains (même si rien ne peut nous confirmer certains faits ou certaines répliques des personnages évoquées). Un peu comme si on lisait une théorie du roman en lisant un roman … c’est pédagogique et passionnant !

De plus, il a fait aussi un travail de comparaison avec livres et films produits sur le même épisode, du célèbre Les Bienveillantes de Littell aux plus obscurs textes … « Je lis aussi beaucoup de romans historiques, pour voir comment les autres se débrouillent avec les contraintes du genre. Certains savent faire preuve d’une rigueur extrême, d’autres s’en foutent un peu, d’autres enfin parviennent à contourner habilement les murs de la vérité historique sans pour autant trop affabuler. Je suis frappé tout de même par le fait que dans tous les cas, la fiction l’emporte sur l’Histoire. C’est logique mais j’ai du mal à m’y résoudre. » Une profession de foi ?

Et tout sans manquer d’humour. Ainsi lorsqu’un de se copains lui dit : « c’est pas crédible, ça. », de s’exclamer : « Mais non, tout vrai ! J’aurais dû être plus clair au niveau pacte de lecture. »

Bref un roman à découvrir pour son approche originale et sa grande richesse documentaire sur un épisode peu connu qui m’a pourtant tiré des larmes à la fin … Hommage à Jozef Gabčík et Jan Kubiš qui ont donné leur vie pour en sauver d’autres.

« Vous croyez en la justice, et vous croyez en la vengeance. Vous êtes valeureux, volontaire et doué. Vous êtes prêt à mourir pour votre pays. Vous devenez quelque chose qui grandit en vous et progressivement commence déjà à vous dépasser, mais vous restez aussi tellement vous-même. Vous êtes un homme simple. Vous êtes un homme. Vous êtes Jozef Gabčík ou Jan Kubiš, et vous allez entrer dans l’Histoire. »

cathédrale tynCathédrale de Tyn à Prague

(Anecdote : Walt Disney s’en est inspiré pour dessiner le château de la reine dans La Belle au Bois dormant …)